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01 octobre 2014

La vérité sur l'affaire Harry Québert [Joël Dicker]

L'auteur : Joël Dicker, né en juin 1985, est un écrivain suisse et attaché parlementaire. La vérité sur l’affaire Harry Québert est son deuxième roman. Il obtient le Grand prix du roman de l’Académie française en 2012, le prix Goncourt des lycéens et a fait partie de la sélection finale pour le Goncourt.

L'histoire :  À New York, au printemps 2008, alors que l’Amérique bruisse des prémices de l’élection présidentielle, Marcus Goldman, jeune écrivain à succès, est dans la tourmente : il est incapable d’écrire le nouveau roman qu’il doit remettre à son éditeur d’ici quelques mois.

Le délai est près d’expirer quand soudain tout bascule pour lui : son ami et ancien professeur d’université, Harry Quebert, l’un des écrivains les plus respectés du pays, est rattrapé par son passé et se retrouve accusé d’avoir assassiné, en 1975, Nola Kellergan, une jeune fille de 15 ans, avec qui il aurait eu une liaison.

Convaincu de l’innocence de Harry, Marcus abandonne tout pour se rendre dans le New Hampshire et mener son enquête. Il est rapidement dépassé par les événements : l’enquête s’enfonce et il fait l’objet de menaces. Pour innocenter Harry et sauver sa carrière d’écrivain, il doit absolument répondre à trois questions : Qui a tué Nola Kellergan ? Que s’est-il passé dans le New Hampshire à l’été 1975 ? Et comment écrit-on un roman à succès ?

Mon avis : Que dire sur ce roman qui n’ait pas déjà été dit ? Je ne vais pas être très originale, mais j’ai beaucoup aimé. Pourtant, j’étais un peu sur la réserve. D’abord parce que plus de 800 pages, tout de même. Ensuite parce que la blogosphère avait largement apprécié ce roman et qu’en général, du coup, j’en attends trop et je finis déçue.

Contrairement à ce qui se passe souvent, je suis cette fois assez d’accord avec l’avis de Bernard Pivot en 4e de couverture : une fois commencé, il est difficile de lâcher se roman, véritablement prenant. Car bien plus qu’un polar, c’est un roman d’ambiance sur une petite ville d’Amérique dans les années 70.

Le style est simple et clair, et les pages se dévorent. Certains reprocheront peut être quelques redites, mais à mon sens c’est la façon de narrer l’histoire qui veut ça et cela ne m’a absolument pas déranger. Voire, je dirais que cela permet au lecteur de réfléchir à ce qui est écrit : est-ce la vérité ?

J’ai fortement pensé à deux romans : Le monde selon Garp (étudiant américain dans une petite université, qui cherche à devenir écrivain) et Lolita (amour interdit entre un professeur de littérature et une jeune fille). Effectivement, l’histoire en elle-même n’a rien de très originale et la construction, habile, mêlant enquête, flash backs et leçons d’écriture, se base sur des codes déjà bien établis. Mais tout cela est bien écrit et fonctionne diablement.

Au-delà de l’histoire, le plus intéressant est peut-être le rapport à l’écriture. Car malgré des répliques parfois plates et mièvres, notamment celles de Nola, le lecteur est vraiment happé, le poussant toujours davantage dans l’histoire, presque malgré lui. Et on se fait la réflexion que les mots ont vraiment une grande puissance et que c’est là tout l’art de l’écrivain.

Bref, pour faire court, j’ai vraiment beaucoup aimé !


La vérité sur l'affaire Harry Quebert, de Joël Dicker
De Fallois Poche
Avril 2014

27 septembre 2014

Bon rétablissement, de Jean Becker

Film français de Jean Becker, sorti le 17 septembre 2014, avec Gérard Lanvin et Fred Testot.

L'histoire : Suite à un accident, Pierre, la soixantaine, se retrouve cloué au lit avec une jambe dans le plâtre. Misanthrope au caractère bien trempé rêvant de silence et de solitude, voilà que le monde s’invite à son chevet. Il assiste alors impuissant à la valse quotidienne des médecins, infirmières et personnels hospitalier, puis de ses proches dont son frère Hervé. Au fil de rencontres inattendues, drôles ou touchantes, Pierre reconsidère certains a priori et pose sur les autres un regard différent. Et, contre toute attente, ce séjour à l’hôpital finit par ressembler à une renaissance…

Mon avis : Ce film est une adaptation du roman du même nom de Marie-Sabine Roger. C'est d'ailleurs ma dernière lecture de l'auteur, lecture qui date déjà de deux ans. Et j'ai son tout dernier titre dans ma PAL. Je peux déjà vous dire qu'il n'y restera pas longtemps. Car j'aime vraiment beaucoup cette auteur. Elle a le don de mettre en scène des personnages touchants, blessés par la vie, mais pourtant ses romans sont bourrés de tendresse et d'optimisme. Des romans doudous qui font du bien au moral en somme.

Bref. Il me restait une place de ciné à utiliser la semaine dernière dernier délai. J'ai donc regardé ce qui était à l'affiche et quand j'ai vu celui-ci, je n'ai pas hésité. Et je ne le regrette pas. Car, même si un film a rarement la puissance évocatrice d'un roman, celui-ci est une fidèle adaptation. Ce n'est certes pas un grand film qui marquera l'histoire mais c'est un film honnête qui ne décevra personne. Tout repose essentiellement sur l'histoire (fidèle au roman, d'ailleurs Marie-Sabine Roger a participé à l'écriture du scénario) et sur la justesse de l'interprétation des acteurs.

Après La tête en friche, Jean Becker tente donc à nouveau l'adaptation d'un roman de Marie-Sabine Roger. On y retrouve la même sensibilité pour les personnages. Pour ce bougon de Pierre d'abord, qui va voir défiler dans sa chambre où un accident l'a immobilisé, une galerie de seconds rôles qui sont tous très justes : Myriam, l'infirmière forte en gueule mais humaine ; son frère Hervé qui s'ennuie ; Maeva, jeune ado de 14 ans enceinte ; Maxime, jeune flic en mal d'une figure paternelle ; Camille, étudiant perdu et au bord de la noyade psychologique. Cet ours bourru et affreusement solitaire qu'est Pierre ne peut y rester insensible. 

Un film simple et efficace, sans prétention autre que de faire passer un bon moment aux spectateurs, qui fait du bien au moral et que je conseille. Et si vous hésitez, au moins, précipitez vous sur le livre !


24 septembre 2014

L'heure des fous [Nicolas Lebel]


L’auteur : Nicolas Lebel, né en 1970 à Paris, est un auteur français, mais également linguiste et professeur d’anglais au lycée. Il a été traducteur pour la publicité et l’administration. L’heure des fous est son premier roman.

L’histoire : Paris : un SDF est poignardé à mort sur une voie ferrée de la gare de Lyon. « Vous me réglez ça. Rapide et propre, qu’on n’y passe pas Noël », ordonne le commissaire au capitaine Mehrlicht et à son équipe : le lieutenant Dossantos, exalté du code pénal et du bon droit, le lieutenant Sophie Latour qui panique dans les flash mobs, et le lieutenant stagiaire Ménard, souffre-douleur du capitaine à tête de grenouille, amateur de sudoku et de répliques d’Audiard…

Mais ce qui s’annonçait comme un simple règlement de comptes entre SDF se complique quand le cadavre révèle son identité.

L’affaire va entraîner le groupe d’enquêteurs dans les méandres de la Jungle, nouvelle Cour des miracles au cœur du bois de Vincennes, dans le dédale de l’illustre Sorbonne, jusqu’aux arrière-cours des troquets parisiens, pour s’achever en une course contre la montre dans les rues de la capitale. Il leur faut à tout prix empêcher que sonne l’heure des fous…

Mon avis : Voici un roman récupéré en troc et dont je ne savais pas trop quoi attendre. En plus, je l’ai pris après plusieurs déceptions de lecture, donc autant dire que j’étais quelque peu méfiante. Mais c'est au final une lecture très agréable qui m'attendait.

Les personnages sont peut-être un peu stéréotypés mais ils sont originaux et attachants, chacun avec leurs fêlures. L’auteur laisse la part belle à ce qu’ils sont et ne se contente pas de leur rôle dans l’enquête. La construction du groupe et de ses interactions est assez classique mais cela fonctionne bien.

L’enquête elle-même nous fait parcourir Paris, de Bercy à la Défense en passant par la Sorbonne et les Catacombes et le bois de Vincennes. En bonne banlieusarde d’Île de France, travaillant à Paris, ce sont des lieux qui me parlent et dans lesquels j’ai pris plaisir à me retrouver plongée pour mener l’enquête au côté de l’équipe du commissaire Mehrlicht. La police, la guerre entre les services et les accointances politiques sont évoquées.

Les amateurs d’Histoire pourront également trouver plaisir à cette lecture car Napoléon III est largement mentionné et notamment sa volonté de doter l'armée française de fusils qui se chargent par la culasse. Il est donc question de fusils Chassepot et le lecteur s'en amuse en remarquant que l’auteur porte lui aussi un nom de fusil : coïncidence ou pseudonyme habilement trouvé ? Ce roman regorge aussi de références littéraires, parisiennes et cinématographiques, tout à fait digestes je vous rassure. Et puis, forcément, une mention toute particulière pour le langage fleuri et coloré du commissaire, adepte des répliques d’Audiard, et qui apporte légèreté et humour.

Un bon polar à l’ancienne plein de charme, comme un hommage à la tradition, et une lecture bien agréable. Le récit étant très visuel, je ne serais pas étonnée qu’une adaptation télévisée puisse voir le jour.

L’heure des fous, de Nicolas Lebel
Marabout
Janvier 2013

21 septembre 2014

Abandons de lecture #1

J'inaugure ici une nouvelle rubrique. Après deux abandons de lecture à quelques semaines d’intervalle, je me suis dit qu’il était dommage de ne pas vous parler de ces romans. Même si Daniel Pennac fait du droit de ne pas terminer un livre un droit imprescriptible du lecteur, j’essaie de me forcer un peu car j’imagine toujours l’investissement de l’être humain derrière l’ouvrage. Mais quand je regarde le livre fermé et que je n’ai aucune envie de l’ouvrir, c’est que le problème est tel que ça ne sert à rien d’insister.

Fanny Stevenson, entre passion et liberté d'Alexandra Lapierre

L'histoire : Lorsque, en 1876, Robert Louis Stevenson rencontre Mrs. Osborne, une Américaine de trente-cinq ans, séparée de son mari et mère de deux enfants, c'est le coup de foudre immédiat. Cette jeune femme joyeuse, sauvage, qui a derrière elle le passé rude et mouvementé d'une pionnière de l'Ouest, incarne aux yeux du jeune Ecossais un nouvel idéal féminin. Entre ces deux êtres passionnés naît un amour extraordinaire, qui défiera les conventions et les frontières, de l'Angleterre à la Californie, jusqu'aux lointaines îles Samoa. Biographie à la fois fidèle et romancée, fruit d'une enquête de cinq années, le Fanny Stevenson d'Alexandra Lapierre retrace la vie hors du commun d'une femme résolument moderne, douée d'une volonté de fer et qui, muse et compagne d'un de nos plus grands écrivains, est devenue une légende à elle seule.

Mon avis : Ce roman-ci, je l’ai entamée avec pas mal d’enthousiasme. Il faut dire que j’avais bien aimé ma lecture du Voleur d’éternité du même auteur. Ceci dit, le personnage choisi ici ne m’emballait par contre que moyennement, il faut que je le reconnaisse.

Le problème avec ce roman, c’est que l’auteur est vraiment très présente. Elle donne son avis en permanence sur son personnage, basculant tout le temps du roman biographique à la biographie pure, faisant des commentaires à tout bout de champ. Ce qui fait que j’ai fini par être dérangée de ses interventions et que j’ai pris Fanny en grippe, là où le propos d’Alexandra Lapierre est bien au contraire de nous faire ressentir toute la fascination qu’elle-même a pu ressentir pour cette femme avant-gardiste et hors norme.

Abandon au bout de 150 pages. 


Le dernier hiver de Jean-Luc Marcastel

L'histoire : 2 035, 31º C en-dessous de 0. Depuis des années, le Crépuscule baigne Aurillac dans un ciel de sang. L'Hiver s'est installé, un hiver éternel qui dévore les terres et fige l'océan dans la banquise. La Malesève, cette armée de pins monstrueux, a mis à genoux la civilisation. Alors, devant la fin d'un monde, que reste-t-il d'autre que l'amour ? L'amour qui va pousser Johan à braver le froid et les pins pour retrouver sa bien-aimée, l'amour qui va pousser son frère, Théo, à lui ouvrir la voie, l'amour toujours qui incitera Khalid et la jolie Fanie à tout laisser derrière eux pour les suivre. L'amour est-il assez fort pour triompher de la Malesève et de ce qu'elle a fait des hommes ?

Mon avis :  Sortie de plusieurs déceptions de lecture, je me suis plongée dans ce roman guère plus emballée que cela, il faut bien l’avouer. Mon seul intérêt à la base pour ce roman était qu’il se situait à Aurillac. En dehors de ça, je ne savais pas grand-chose sur l’histoire.

J’ai trouvé le style vraiment mauvais et la syntaxe oublieuse de la négation NE dans les phrases négatives m’a horripilée. C’est un détail bien évidemment mais lorsqu’un lecteur trouve ainsi une erreur de français, il ne fait vite plus attention qu’aux autres erreurs qu’il croise, sans ne plus laisser aucune chance au récit. Ajoutons à cela des personnages que j’ai trouvé caricaturaux au possible dès les 40 premières pages et une fin que je sentais à plein nez (je suis allée vérifier que je ne m’étais pas trompée en lisant les 10 dernières pages), et vous comprendrez que je ne suis pas allée très loin.

Abandon page 43.

18 septembre 2014

Saison sèche [Peter Robinson]

L'auteur : Peter Robinson est un canadien d'origine anglaise. Saison sèche a obtenu le Anthony Award et le Grand prix de littérature policière.

L'histoire : Un été torride frappe le Yorkshire. Asséché, le lac artificiel révèle les ruines du village englouti de Hobb's End. C'est là que le jeune Adam, un gamin du voisinage, fasciné par ce fantastique domaine d'aventure, fait une découverte macabre : les os d'une main humaine, recouverts d'une croûte terreuse, humide et noire...

Comment mettre un nom sur ces restes ? Qui a été inhumé ainsi, à la hâte, dans la remise d'une maison ? Comment reconstituer le drame ignoré de tous qui s'est déroulé à Hobb's End alors que la guerre brassait les populations, amenant au village les réfugiés de Londres bombardé et les soldats américains ?

Un défi pour Alan Banks, le policier mis sur la touche pour insubordination, et chargé de cette affaire à l'évidence inextricable. Peu à peu, cependant, les archives locales vont livrer leurs secrets, les mémoires des survivants se délier, et le destin tragique de Gloria émerger de l'oubli dans le décor hallucinant du village fantôme.

Mon avis : En 2009, je vous parlais de ma lecture de Ne jouez pas avec le feu, qui ne m'avait pas vraiment emballée. Ma cousine avait donc décidé de me prêter une lecture du même auteur, avec le même inspecteur, qui lui avait plu et qui selon elle était le meilleur de la série. C'est comme cela que Saison sèche est arrivé dans ma PAL. De 2009 à 2014, le livre a eu largement le temps de prendre la poussière et je me suis dit qu'il était largement temps de le rendre à sa propriétaire et donc de le lire avant !

Deux fils narratifs s’entremêlent : celui de l’époque actuelle où le major Cabbot et l’inspecteur Banks tentent de découvrir à qui est le corps découvert dans le village englouti de Hobb’s End ; et celui d’une personne racontant la vie dans Hobb’s End lors de la seconde guerre mondiale. Le principal intérêt du roman réside dans ce deuxième récit qui fait toucher du doigt au lecteur ce que pouvait être la vie dans les campagnes anglaises lors de cette guerre : rationnement, couvre-feu, bals, soldats anglais, canadiens ou américains. Ce procédé narratif assez courant permet de conserver l’intérêt du lecteur : lorsqu’un des deux récits s’enlise quelque peu, l’autre le tient en haleine. Et c’est intéressant de voir les deux histoires se compléter ou se répondre.
Forcément, j’ai pensé à la trilogie de Lewis, lue il y a peu, et qui use également de ce procédé mêlant plusieurs voix et plusieurs époques. Malheureusement, la comparaison est loin d’être avantageuse pour Saison sèche. Les personnages sont caricaturaux et l’inspecteur Banks continue à m’agacer : je le trouve mollasson, il passe son temps à attendre que la solution lui tombe toute cuite dans la bouche, à ressasser ses misères pendant que le major Cabbot se tape tout le boulot de recherche. Et puis cela manque furieusement de description d’un paysage qui mériterait pourtant de s’y attarder. Car nous sommes ici dans le Yorkshire, région connue (entre autre) pour les landes décrites dans Les Hauts de Hurlevent  par Emily Brontë.

Bref, une déception encore une fois. Je vais définitivement me tourner vers d'autres séries que celle-ci.

Saison sèche, de Peter Robinson
Traduit par Dominique Rinaudo
Livre de Poche
Juin 2002

15 septembre 2014

Patients [Grand Corps Malade]

L’auteur : Grand Corps Malade, alias Fabien Marsaud à la ville, est un slameur français né en juillet 1977. Il a grandement participé à populariser ce style musical avec des textes ciselés et sensibles dans lesquels il montre son amour de sa banlieue et de la vie en général.

L’histoire : Il y a une quinzaine d’années, en chahutant avec des amis, le jeune Fabien, pas encore vingt ans, fait un plongeon dans une piscine. Il heurte le fond du bassin, dont l’eau n’est pas assez profonde, et se déplace les vertèbres. Bien qu’on lui annonce qu’il restera probablement paralysé à vie, il retrouve peu à peu l’usage de ses jambes après une année de rééducation. Quand il se lance dans une carrière d’auteur-chanteur-slameur, en 2003, c’est en référence aux séquelles de cet accident – mais aussi à sa grande taille (1,94 m) – qu’il prend le nom de scène de Grand Corps Malade.

Mon avis : Une amie m’avait fait découvrir son album Midi 20 et j’avais apprécié ses textes. Puis nous sommes allées le voir en concert et ça rendait vraiment bien car nul besoin de bouger dans tous les sens quand les textes sont aussi forts et que la voix dégage une telle passion et un tel plaisir. Alors, naturellement, j’ai été tentée par la lecture de son récit autobiographique.

Le livre commence avec deux textes issus des slams de l’auteur, qui touchent de prêt au sujet de son passage en milieu hospitalier et plus précisément en rééducation. Puis commence l’immersion totale et brutale dans le monde du handicap.

Ce récit est un récit sur l'humain avant tout. Du patient bien sûr, des patients car chacun est différent dans son vécu, mais aussi du personnel soignant. Ces derniers sont souvent compétents mais, comme dans n'importe quel métier, il y a aussi parfois de sacrés connards incapables de considérer les patients comme des êtres doués de sentiments. Grand Corps Malade décortique donc les relations au sein du centre de rééducation où il va réapprendre le quotidien : après la grille d’aération de la salle de réanimation, c’est la chambre individuelle puis collective ; les moments gênants des lavements et des sondes urinaires ou des érections intempestives sans aucun rapport avec un stimulus quelconque, la douche qui prend tout de suite une heure, l’habillage, la cantine, les adaptations d’outils comme la télécommande pour pouvoir changer les chaînes de la télévision, la salle de kiné, les copains de galère qu’on se fait par la force des choses. Et surtout, surtout, on « nique le temps ». Car un patient porte bien son nom : il patiente énormément. Quand l’autonomie a disparu, et qu’une totale dépendance au personnel soignant s’installe, le patient passe beaucoup de son temps à attendre qu’on vienne satisfaire un besoin ou une demande.

À la lecture, on se prend à se demander si nous aussi nous pourrions faire preuve d’autant d’espoir et de persévérance. Car les textes de Grand Corps Malade dégagent une telle vitalité, un tel courage ! Certes, la situation est difficile à accepter. Mais il fait preuve d’une niaque phénoménale. Il le dit lui-même, ce n’est pas un courage de héros, c’est un courage imposé par la situation et par l’envie de vivre.

J’ai bien compris que les moments de doute et de découragement sont largement passés sous silence. Mais le propos n’est de toute façon pas de donner au lecteur une vision globale de la vie d’un para/tétraplégique dans un centre de rééducation. Il est bien davantage de nous rappeler, à nous qui sommes droits sur nos deux jambes et totalement autonomes dans nos mouvements et notre quotidien, en à peu près bonne santé, la chance que nous avons. A nous de goûter totalement ce plaisir de vivre et d’apprécier chaque instant qui nous est donné.

Un titre qui remet beaucoup de choses en perspective chez le lecteur.

Patients, de Grand Corps Malade
Don Quichotte
Octobre 2012

01 septembre 2014

Blog en pause

C'est enfin l'heure des vacances pour moi. Alors que les aoûtiens sont tous revenus, je pars pour quelques jours me ressourcer au soleil. Et je reviens vite avec de nouveaux billets !

source

29 août 2014

Morts violentes [Ambrose Bierce]

L'auteur : Né en juin 1842 et disparu autour de 1913 pendant la guerre civile mexicaine au côté de Pancho Villa qu’il rejoignit à plus de 71 ans, Ambrose Bierce était un écrivain et journaliste américain. Il est surtout connu comme l’auteur du Dictionnaire du Diable et de nouvelles d’humour noir. Ici, dans ce recueil paru sous le titre Tales of Soldiers and Civilians il s’agit surtout de décortiquer la mort d’un individu.

L'histoire : Dans Morts violentes, il n’y a pas de fantômes ou de phénomènes anormaux, mais une exploration clinique de la réalité la plus crue, dont l’issue est l’insoutenable horreur de la mort. À travers les cauchemars de la guerre de Sécession, qui valent ceux d’Edgar Poe, Bierce porte la short story à son plus haut degré de perfection et s’affirme comme l’un des précurseurs de la littérature américaine de XXe siècle.

Mon avis : Ce livre fait partie de ceux que je n’ai pas choisis et qui sont arrivés chez moi tout seuls, ou plutôt ici par le biais d’une amie qui m’en a fait cadeau. J’aime assez cette façon de découvrir des titres et des auteurs. Si ce n’est pas toujours un coup de cœur, c’est tout de même souvent le moyen de découvrir des auteurs connus par d’autres. C’est le cas ici : quelques recherches montrent vite qu’Ambrose Bierce n’est pas n’importe qui et qu’il sait manier le verbe en plus de parler d’expérience. Car Bierce a participé à cette guerre du côté nordiste en tant qu'officier cartographe à partir de 1861.

Vous savez aussi que je ne suis pas une amatrice de nouvelles. Pourtant, sur ce livre, cela ne m’a pas dérangé car le décor et l’ambiance restent les mêmes d’une nouvelle à l’autre. Pour toutes, il s’agit de la mort d’un individu lors de la guerre de Sécession, la plupart du temps d’un soldat. Les Confédérés et les Yankees sont toujours là, si ce n’est visuellement du moins la menace pèse.

La première nouvelle a un côté poétique qui m’a tout de suite fait penser au Dormeur du val de Rimbaud. Sauf que Bierce s’attarde sur les causes de la mort et se délecte, de façon assez morbide, des détails les plus gores. Le lecteur devine bien vite que cette fascination vient surtout d’un sentiment de peur profondément ancré, et qui mène parfois les personnages droit à leur fin. Le détachement de la narration accentue le dégout ressenti par le lecteur.

De l’indifférence des hauts gradés pour les pauvres erres qui se font massacrer, parfois sans raison, à la lutte fratricide (des sudistes se sont engagés aux côtés des nordistes par conviction et se sont retrouvés à combattre les leurs sur leurs propres terres) ; de l’obéissance aveugle à la honte d’avoir abandonné toute dignité et toute noblesse d’âme.

Voici un livre étrange dont je ne sais pas trop quoi penser au final. Il est intéressant historiquement et m’a valu pas mal de recherches sur internet pour me remémorer le contexte de la guerre de Sécession. J’ai par contre eu plus de mal avec l’aspect tactique et stratégique des mouvements de troupes car j’ai toujours beaucoup de difficultés à me représenter ce que ça peut donner visuellement, et c’est pourtant ici un point important pour chaque récit.  

Morts violentes, d'Ambrose Bierce

Grasset
Mai 2008