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22 mai 2017

Arrêt non demandé [Arnaud Modat]

L'auteur : Né à Douai en 1970, Arnaud Modat a déjà publié deux recueils de nouvelles humoristiques.

L'histoire : Dans la maison Modat, on rit, on blague, on s’insurge, on affronte. Tout commence par la rédaction d’un enfant de huit ans. « J’aimerais raconter mes vacances si ça dérange personne, où plutôt une chose qui m’est arrivée pendant les vacances et qui a failli gâcher ma belle jeunesse. »

La vie étant ce qu’elle est sur l’échelle du temps, résumons les épisodes : la paternité, la responsabilité, l’art d’exister et de disparaître… Tout cela : grave, et furieusement désopilant.

Roman de l’enfance, Arrêt non demandé raconte comment grandir peut faire mal aux os, aux cheveux ou à l’âme. Une opération qui dure toute la vie…

Mon avis : Ce roman n'en est pas vraiment un en fait. Six nouvelles se succèdent, un poil décalées, sans mettre en scène les mêmes personnages. Pourtant, il existe bien un lien entre elles, celui du temps qui s'écoule, faisant passer les narrateurs d'enfant à jeune adulte, puis homme mûr voire très près de la mort. Comme une ligne de vie en quelque sorte.

Ce n'est pas forcément toujours très gai, mais Arnaud Modat à une plume audacieuse et malicieuse, pleine d'humour en tout cas, ce qui allège bigrement le propos, tout en égratignant au passage notre société contemporaine : la rentabilité au travail, la recherche de sens, la séparation ou tous les questionnements sur la virilité... Cela teinte l'ensemble d'une douce mélancolie dans laquelle, quel que soit l'âge du lecteur, on ne manque pas de se reconnaître, soit ou un de nos proches, à un moment ou à un autre.

Après, comme à chaque fois avec les nouvelles, je peine à être pleinement satisfaite de ma lecture : c'est bien trop court pour que je puisse entrer pleinement dans la psychologie des personnages ou que je m'attache à eux. Je suis sure cependant que ce recueil saura trouver son public, car le style de l'auteur fait la différence.

Arrêt non demandé, d'Arnaud Modat
Alma Éditeur
Janvier 2017

19 mai 2017

Exposition : Joyaux, des Grands Moghols aux Maharajahs



Avec cette exposition au Grand Palais à Paris, ce sont plus de 270 pièces extraordinaires, issues de la collection Al Thani, et complétées par d'autres prêtées par des musées et institutions, qui racontent l’histoire de la joaillerie indienne, de la période moghole à nos jours.
L’exposition réunit des pièces historiques inestimables, exceptionnellement présentées en France : diamants, gemmes de renom, joyaux spectaculaires et objets précieux mais également des œuvres et pièces inédites provenant de collections de maharajahs et d’institutions prestigieuses.
Ils sont les témoins de cinq siècles d’histoire indienne, marquée par une richesse culturelle unique au monde.

© Rmn-Grand Palais / Photo Didier Plowy
© Collection Al Thani
En Asie du Sud, la culture du bijou est très développée et les joyaux font partie de la tenue quotidienne des grands. Il faut dire que le sous-sol de cette région du monde s'y prête particulièrement  car il est riche en pierres fines, comme le montrent les diamants issus des mines de Golconde, les saphirs du Kashmir ou encore les spinelles du Badakhchan. Par les voies commerciales, Ceylan, Myanmar, le golfe persique, la Colombie fournissent nombre de pierres également.

Ces précieux matériaux sont transformés par les artisans indiens, en bijoux, marqueur d'appartenance à une caste ou à un statut, mais également en objets divers : armes, accessoires de beauté, jeu d'échecs, mobilier...


© Rmn-Grand Palais / Photo Didier Plowy

© Rmn-Grand Palais / Photo Didier Plowy
Dans une magnifique scénographie, le Grand Palais vous fait rêver en vous proposant des pièces sublimes, qu’il s’agisse de pierres taillées, de bijoux ou d’objets du quotidien. Chacun est réellement une œuvre d’art d’une finesse et d’une beauté incroyables. Les parures les plus belles sont l'apanage des hommes car reflet de la puissance et de la prospérité de l'État.

© Rmn-Grand Palais / Collection Al Thani

Parmi tous les joyaux exposés, j'ai retrouvé avec émerveillement l’œil du tigre, ce diamant couleur cognac monté en ornement de turban et réalisé par Cartier pour le Maharajah Digvijaysinhj, que j'avais déjà eu l'occasion d'observer en 2002 pour l'exposition Diamants au Musée national de l'histoire naturelle.


Catalogues expositions Joyaux en 2017 et Diamants en 2002
Et je ne peux terminer mon billet qu'en vous montrant cette merveille de finesse et de délicatesse : la broche Aigrette, une véritable splendeur  en émail, or, et diamants réalisée par Mellerio et achetée en 1905 par le Maharadjah de Kapurthala.

Aigrette Mellerio, 1905 © The Al Thani Collection 2015

Par contre, interdiction de prendre des photographies oblige, les illustrations de ce billet m'ont donc été fournies par le Grand Palais directement. Même si on aimerait beaucoup pouvoir garder des souvenirs en images, ça ne peut pas faire de mal parfois de se laisser subjuguer par la beauté des pièces qu'on peut observer : ouvrez les yeux et profitez !

Dépêchez-vous d'y aller, c'est jusqu'au 05 juin !


Informations utiles :

Du 29 mars au 05 juin 2017
Tous les jours sauf le mardi, de 10h à 20h, nocturne le mercredi jusqu’à 22h
Grand Palais
3 avenue du Général Eisenhower
75008 Paris
Tel : 01.44.13.17.17

Tarif : 13€
Tarif réduit : 9€

Site du Grand Palais ici

17 mai 2017

Les ignorants, récit d'une initiation croisée [Etienne Davodeau]

Je retrouve Étienne Davodeau après mon avis mitigé sur Le chien qui louche et Chute de vélo.

L'histoire : Par un beau temps d'hiver, deux individus, bonnets sur la tête, sécateur en main, taillent une vigne. L'un a le geste et la parole assurés. L'autre, plus emprunté, regarde le premier, cherche à comprendre « ce qui relie ce type à sa vigne », et s'étonne de « la singulière fusion entre un individu et un morceau de rocher battu par les vents ».
Le premier est vigneron, le second auteur de bandes dessinées.
Pendant un an, Étienne Davodeau a goûté aux joies de la taille, du décavaillonnage, de la tonnellerie ou encore s'est interrogé sur la biodynamie.
Richard Leroy, de son côté, a lu des bandes dessinées choisies par Étienne, a rencontré des auteurs, s'est rendu dans des festivals, est allé chez un imprimeur, s'est penché sur la planche à dessin d'Étienne...
Étienne et Richard échangent leurs savoirs et savoir-faire, mettent en évidence les points que ces pratiques (artistiques et vigneronnes) peuvent avoir en commun ; et ils sont plus nombreux qu'on ne pourrait l'envisager de prime abord...

Mon avis : C'est sur les conseils appuyés d'un ami que je me suis décidée à découvrir cet album d'Étienne Davodeau. Je ne suis pourtant ni fan du dessin de l'auteur, ni très convaincue par les deux précédents albums de lui que j'avais pu découvrir. À cela s'ajoutait la crainte d'être vite larguée car je n'y connais rien en vin, et ça ne m'intéresse pas plus que ça.

Et pour le coup, je dois dire que j'ai été happée par ce récit qui croise les regards sur le monde du vin et celui de la bande dessinée. En étant initié par Richard Leroy au travail de la vigne et en l'initiant à celui du neuvième art. En plus des explications spécifiques à chaque profession, nous allons découvrir les grands noms de chaque discipline. Et ce qui les lit apparait vite en filigrane : l'amour, l'amour de la matière travaillée, l'amour du résultat obtenu, l'amour avant tout pour se faire plaisir comme meilleur moyen de faire plaisir à l'autre, au consommateur qu'il soit de bouteille ou d'album.


Planche page 21, Les ignorants d'Etienne Davodeau
Un vrai respect lie les deux hommes, c'est évident. Ils sont tous les deux dans la même philosophie et le travail d'Étienne Davodeau sait magnifiquement rendre tout cela, tout au long des 220 pages de cet album. Le lecteur navigue, comme les protagonistes, entre découverte, émerveillement et envie de partage. Se laisser guider, sans se poser de question, sans réfléchir, en confiance, c'est aussi la meilleure façon de faire de magnifiques découvertes qui peuvent vous chambouler. Et de libérer la parole pour, en toute modestie et légitimité, oser dire qu'on n'a pas aimé, comme Richard lors de la fameuse exposition de Moebius.

Un magnifique album à découvrir absolument, même si vous n'y connaissez rien. Au contraire même, c'est peut être une raison supplémentaire !

Les ignorants, récit d'une initiation croisée, d'Étienne Davodeau
Futuropolis
Octobre 2011

15 mai 2017

Poulets grillés [Sophie Hénaff]

L'auteur : Journaliste, romancière et traductrice, Sophie Hénaff est née en août 1972 et travaille au magazine Cosmopolitan. Poulets grillés est son premier roman et il a remporté les prix Polar en séries et Arsène Lupin.

L'histoire : Le 36 Quai des Orfèvres s'offre un nouveau patron. Le but de la manœuvre : faire briller les statistiques en placardisant tous ceux qu'on ne peut pas virer et qui encombrent les services. Nommée à la tête de ce ramassis d'alcoolos, de porte-poisse, d'homos, d'écrivains et autres crétins, Anne Capestan, étoile déchue de la judiciaire., a bien compris que sa mission était de se taire.

Mais voilà, elle déteste obéir et puis... il ne faut jamais vendre la peau des poulets grillés avant de les avoir plumés !

Mon avis : Mais où ai-je bien pu repérer ce roman ? Aucune idée ! En attendant, je l'ai longtemps laissé sur ma liste avant de sauter le pas et de l'acheter. J'avoue que je m'attendais, à la lecture de la quatrième de couverture, à quelque chose de plus drôle que ça. Mais il n'empêche que cette brigade est originale et fort sympathique. Chaque membre a son caractère qui explique comment il a pu atterrir dans ce placard. Enfin, pas si définitif que ça, le placard, car le travail, sans être facile, pourrait s'avérer plus important qu'il n'y parait.

Les situations s'avèrent parfois cocasses et parsemées de moments plus légers, les dialogues sont  amusants. Mais les personnages sont surtout très humains. Un peu barjots, mais attachants aussi. De tous ceux qui sont rattachés officiellement au commissaire Capestan, la poignée ici présentée est celle de ceux qui n'ont pas complètement renoncé et qui ont un vrai amour du métier. Capestan saura se servir de leurs qualités autant que de leurs défauts pour en faire une vraie brigade.
Quant à l'enquête, sans être révolutionnaire, elle est habilement construite et distrayante. Spéciale dédicace à la Vendée, puisqu'une partie de l'intrigue se passe aux Sables d'Olonne ! Le(s) coupable(s) est(sont) bien dissimulé(s) jusqu'à la toute fin. Et bien sûr, ce roman est propice à mettre en lumières les guerres internes à la police, entre les services et entre les personnes pour monter le plus haut et le plus vite dans la hiérarchie, ou faire descendre les concurrents.

Bref, une jolie lecture sans prétention autre que de faire passer un bon moment. J'ai quitté à regret cette galerie de personnages hauts en couleur. La fin ouvre sur une suite probable, qui sera je l'espère un peu plus pimentée.

Poulets grillés, de Sophie Hénaff
Livre de poche
Septembre 2016

12 mai 2017

Séries #7

The last man on earth



En 2020, la race humaine a été exterminée à la suite d'une incroyable pandémie. Après avoir parcouru le pays de long en large, Phil Miller doit se rendre à l'évidence : il est le dernier homme sur Terre. Il y a certes des avantages à se retrouver seul. Décorer sa maison d’œuvres d'art inestimables, emménager dans une somptueuse propriété, se balader en caleçon tous les jours... Mais Phil est triste, et surtout très seul. Il garde pourtant l'espoir que quelque part subsiste un autre survivant. Et que peut être un jour, ils se rencontreront. Avec un peu de chance, ce survivant pourrait être une survivante. S'entendront-ils ? Comment vivront-ils dans un monde dépeuplé, sans aucune aide ? Devront-ils assurer la survie de l'espèce ?

Voici une série commencée sans grand enthousiasme je l'avoue, à un moment où je n'arrivais pas à me concentrer sur grand chose. Mais devant la nécessité de me changer les idées, j'ai été attirée par ces épisodes de 20 minutes qui promettaient de s'enchaîner rapidement. Opération binge watching lancée ! Et ce fut étonnamment une opération plutôt agréable. Attention, les personnages sont quasiment tous détestables, tarés, absurdes,décalés... Il ne faut surtout pas chercher une quelconque logique dans leur comportement. En même temps, la situation dans laquelle ils se trouvent est unique. C'est très original et j'ai été étonnée de regarder les deux saisons et demie d'affiler sans broncher. L'humour si particulier aurait pu me lasser mais le scénario sait se renouveler.



22.11.63



Professeur, Jake Epping n'a pas une vie palpitante. Les papiers du divorce signés, sa femme passe à autre chose et ses étudiants ne semblent pas passionnés par ses cours. Son univers bascule le jour où son vieil ami Al Templeton lui dévoile l'existence d'un portail temporel qui permet d'être propulsé en 1960. Il lui donne pour mission de remonter le temps afin de trouver un moyen d'empêcher le meurtre de JFK et ainsi transformer le présent en un monde meilleur. Mais changer le passé va se révéler bien plus dangereux qu'il ne le pensait...

Autant vous dire tout de suite, je n'ai pas lu le roman. Je voulais, j'étais très intéressée, mais je n'ai pas trouvé le temps de me plonger dans ce pavé. Mister lui, l'a beaucoup apprécié. C'est donc lui qui a suivi la sortie de cette série sur Canal + et a souhaité la regarder. J'avais une petite inquiétude face à cette histoire : que l'enquête sur l'assassinat de JFK soit trop touffue et complexe (les complots gouvernementaux et moi...). Ce n'est pas du tout le cas ici. Mais ce qui fait le charme de cette série tient en deux éléments : l'interprétation parfaite de James Franco et l'ambiance sixties magnifiquement rendue. C'est un vrai plaisir de se plonger dedans.


Westworld



A Westworld, un parc d'attractions dernier cri, les visiteurs paient des fortunes pour revivre le frisson de la conquête de l'Ouest. Dolores, Teddy et bien d'autres sont des androïdes à apparence humaine créés pour donner l'illusion et offrir du dépaysement aux clients. Pour ces derniers, Westworld est l'occasion de laisser libre-cours à leurs fantasmes. Cet univers bien huilé est mis en péril lorsqu'à la suite d'une mise à jour, quelques robots comment à adopter des comportements imprévisibles, voire erratiques. En coulisses, l'équipe, qui tire les ficelles de ce monde alternatif, s'inquiète de ces incidents de plus en plus nombreux. Les enjeux du programme Westworld étant énormes, la Direction ne peut se permettre une mauvaise publicité qui ferait fuir ses clients. Que se passe-t-il réellement avec les androïdes ré-encodés ?

Au générique, on retrouve la patte HBO, mère du très populaire Game of Thrones. Pour le reste, l'univers est bien différent mais reste visuellement splendide. La peinture faite de l'humanité est sombre, les hommes qui visitent le parc d'attractions n'ayant envie que de sexe et de violence. Les dégâts faits aux robots doivent être réparés dans le monde réel avant que le scénario ne recommence pour les nouveaux arrivants. Régulièrement, ils sont mis à jour et de nouveaux scénarii sont proposés. Les failles qui commencent à apparaitre sont l'occasion de révéler la noirceur de l'Homme et de poser des questions sur ce qui fait l'humanité d'un corps : prédestination, libre arbitre, liberté... le robot peut-il être plus humain que l'Homme ? L'ensemble est vite addictif mais attention à ne pas noyer le récit dans trop de considérations philosophiques au détriment d'une intrigue lisible.

10 mai 2017

Gisèle Alain [Sui Kasai]

L'auteur : Sui Kasai, née en 1984 à Nagano au Japon, est mangaka. Son manga Gisèle Alain est publié dans la magazine Fellows ! puis Harta.

L'histoire : Début du XXe siècle. Héritière d'une famille noble, en rupture avec les siens, la jeune Gisèle gagne sa vie comme logeuse dans une pension. Mélange déroutant d'assurance et de fragilité, l'intrépide demoiselle décide de monter son agence pour devenir... femme à tout faire !

Sauvetage de chats égarés, négociations secrètes pour les notables de la ville, bâtisse à retaper du sol au plafond : elle découvre les aléas de la vie, tout en enchantant son entourage par sa vitalité et sa fantaisie. Mais c'est sans compter sur un passé qui ne va pas tarder à la rattraper et à jeter un voile sombre sur cette liberté fraîchement acquise...

Mon avis : « Si vous avez aimé Emma, vous aimerez Gisèle Alain ». Mouais. On a beau se méfier de ce genre d’affirmation, parfois, on peut se faire avoir.

Gisèle est une jeune fille sympathique, pleine d’entrain et de fougue qu’on suit agréablement dans ses différentes aventures, alors qu’elle a décidé de devenir femme à tout faire. Un métier qui l’emmène bien loin de ce à quoi son éducation a pu la préparer. A chaque chapitre, une situation à régler, qui sera l’occasion pour Gisèle d’apprendre et de découvrir le monde. Elle est volontaire, pétrie de bons sentiments et ne se laisse pas abattre. En dehors de cela, nous ne savons au départ que peu de choses sur ce qui amène cette jeune demoiselle de bonne famille à exercer un tel métier. Le voile se lève petit à petite, mais pas très vite, suffisamment en tout cas pour qu’au 4e tome je ne trouve pas cela crédible, car on oublie trop souvent que la demoiselle n’a que 14 ans !

Le cadre de la petite ville européenne de début de XXe siècle est amusant mais guère représentatif non plus, tant l’auteur s’attache surtout à décrire des artisans dans toutes leurs diversités et pas du tout les classes pauvres ou plus riches. Les aventures décrites manquent d’enjeux ou d’obstacles et se limitent trop souvent à retrouver le chat de la voisine, sortir le chien du voisin ou déménager quelqu’un. Et elles sont bien trop gentilles encore une fois pour être crédible, comme s’il fallait à tout prix protéger Gisèle des dures réalités de la vie à cette époque.

C’est certes agréable, mais sans aucune aspérité à laquelle se raccrocher. Trop lisse, c’est bien ça. Après 4 tomes, je lâche l’affaire. Et je réfute la comparaison avec Emma, beaucoup plus empreint de douceur et de sensibilité. Le dessin par contre est très réussi et supporte lui la comparaison avec celui de Kaoru Mori (encore que Bride Stories est une merveille bien au-dessus par la richesse des détails). 


Gisèle Alain, de Sui Kasai
Ki-Oon Éditions
Octobre 2012

08 mai 2017

En attendant Bojangles [Olivier Bourdeaut]

L'auteur : Né en 1980 à Nantes, Olivier Bourdeaut était agent immobilier avant de se consacrer à l'écriture après avoir perdu son travail. Son premier roman ne trouvant pas d'éditeur, il écrit en sept semaines En attendant Bojangles, qui reçoit de nombreux prix.

L'histoire : Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur "Mr Bojangles" de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n'y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis.

Celle qui donne le ton, qui mène le bal, c'est la mère, feu follet imprévisible et extravagant. C'est elle qui a adopté le quatrième membre de la famille, Mlle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l'appartement. C'est elle qui n'a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères.

Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l'inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte.

L'amour fou n'a jamais si bien porté son nom.

Mon avis : Des tonnes et des tonnes d’avis positifs et ce roman ne me tentait pas jusqu’à ce que Lelf avoue avoir été émue par sa lecture. Alors, j’ai craqué et j’ai moi aussi entamé cette lecture, d’autant qu’il vient tout juste de sortir en poche chez Folio, si ce n’est pas une aubaine pour ceux qui prennent les transports !

Bojangles, c’est avant tout un titre de Nina Simone. Une musique douce, gaie et quelques pointes de mélancolie. Et c’est sur cette musique que le couple fou danse tous les jours, sous les yeux du jeune narrateur. Fou parce que tout est déjanté dans cette famille : le père qui donne à la mère des prénoms différents tous les jours, une grue demoiselle comme membre de la famille, le carrelage noir et blanc du couloir pour jouer aux dames, le courrier qui s’empile sans être jamais ouvert… Aucun jour ne ressemble au précédent, si ce n’est qu’il y est toujours question de faire la fête et de boire des cocktails colorés.

Il faut accepter d’entrer dans la folie de cette famille, une folie sans temps mort, qui tourbillonne et pétille. Et pour peu que cela trouve un écho en vous, vous ne pourrez être que touché profondément par ce récit. La fin est forte, belle et tragique à la fois, éblouissante comme les personnages. L’ensemble sent bon l’ambiance rétro des années folles, et l'histoire est belle et tragique à la fois, éblouissante en tout cas. De celles qui vous font apprécier la vie à sa juste valeur et profiter de tous les instants de joie et de partage qui vous sont accordés par le destin.

"Jamais je ne les avais vus danser comme ça, ça ressemblait à une première danse, à une dernière aussi. C'était une prière de mouvements, c'était le début et la fin en même temps. Ils dansaient à en perdre le souffle, tandis que moi je retenais le mien pour ne rien rater, ne rien oublier et me souvenir de tous ces gestes fous." (p°141).





En attendant Bojangles, d'Olivier Bourdeaut
Éditions Finitude / Folio
Mars 2016 / Mai 2017

05 mai 2017

Ghost in the shell, de Rupert Sanders

Film américain de Rupert Sanders, sorti le 29 mars 2017, avec Scarlett Johansson et Takeshi Kitano.

L'histoire : Dans un futur proche, le Major est unique en son genre: humaine sauvée d’un terrible accident, son corps aux capacités cybernétiques lui permet de lutter contre les plus dangereux criminels. Face à une menace d’un nouveau genre qui permet de pirater et de contrôler les esprits, le Major est la seule à pouvoir la combattre. Alors qu’elle s’apprête à affronter ce nouvel ennemi, elle découvre qu’on lui a menti : sa vie n’a pas été sauvée, on la lui a volée. Rien ne l’arrêtera pour comprendre son passé, trouver les responsables et les empêcher de recommencer avec d’autres.

Mon avis : Quand Mister m'a dit vouloir aller voir Ghost in the shell, j'ai sorti mon DVD de l'anime de Mamoru Oshii pour le regarder et me remettre en mémoire l'histoire, qui dans mon souvenir était complexe, avec des considérations métaphysiques peu claires. Du coup, la comparaison entre l'anime et le film nous a obsédé pendant toute la séance au cinéma.

D'abord, quelle idée de ne pas réutiliser la musique si originale et captivante de l'anime, au moins en fil conducteur ! Pourquoi ne la mettre qu'en générique de fin ? Ca sent dès le début la volonté de "blockbusteriser" le récit, avec une musique plus rock et pétante, au détriment de l'ambiance. Et qu'on m'explique pourquoi Scarlett Johansson marche comme Robocop !

Là où l'anime laissait le spectateur comprendre petit à petit l'univers proposé, Rupert Sanders fait le choix d'expliquer clairement le contexte par un texte introductif. On comprend donc dès le début que toute la lecture sera facilitée au maximum. Les questions philosophiques sur ce qui constitue l'être humain et son humanité si singulière passent bien trop en arrière plan, au profit des effets spéciaux, certes bien faits, mais anecdotiques dans le récit. Visuellement, les couleurs allient action et une forme de mélancolie qui seraient propices à travailler une réflexion plus profonde.

La plus grande bizarrerie est certainement le delta entre des plans calqués au millimètre près sur l’œuvre originale et une liberté prise dans l'histoire, avec l'ajout de détails sur le passé du Major qui change totalement le scénario au final.

En même temps, vu la bouse qu'est Blanche Neige et le Chasseur (et sa suite, n'en parlons pas !), Rupert Sanders s'en sort peut être pas si mal. Un film de science-fiction certainement efficace et distrayant pour les néophytes, mais sans âme pour les connaisseurs de l'anime original.