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20 septembre 2017

Stupor Mundi [Nejib]

L'auteur : Néjib Belhadj Kacem dit Néjib, né en 1976 en Tunisie, est un auteur de bande dessinée franco-tunisien. Stupor Mundi fut retenu pour la sélection officielle du Festival d'Angoulême 2017.

L'histoire : Les Pouilles, fin du Moyen Âge. Un mystérieux château abrite les esprits les plus éminents de la chrétienté. Hannibal Qassim el Battouti, fuyant Bagdad avec sa fille Houdê et son esclave El Ghoul, pense y trouver le soutien nécessaire pour achever Beït-el-Dhaw, une invention extraordinaire.

Mais les hommes de son temps sont-ils prêts à accepter l'inconcevable ?

Mon avis : Stupor Mundi, c’est Frédéric de Hohenstaufen (Frédéric II). Pourtant, le cœur de cet ouvrage n’est pas tellement ce personnage historique que ce qu’il représente : une lutte entre l’obscurantisme religieux contre la recherche et la connaissance. Stupor Mundi est un mécène et fervent défenseur de la science (il a d’ailleurs été excommunié par deux fois). Dans ce monde moyenâgeux, c’est dans son monastère des Pouilles qu’Hannibal Qassim El Battouti trouve refuge après avoir été poussé à l’exil par des religieux de Bagdad, heurtés par ses ambitions scientifiques. Il va y croiser les plus brillants esprits de l’époque, savants et artistes en tout genre, venus se réfugier sous l’aile protectrice de la Stupeur du Monde pour se consacrer à leur œuvre.

Hannibal Qassim El Battouti lui tente de mettre un point final à une invention révolutionnaire. Le lecteur va petit à petit comprendre de quoi il est question mais, sans trop en dévoiler, on peut dire qu’elle se heurte à l’obscurantisme religieux qui y voit une œuvre du Malin. Notre inventeur est présenté comme étant le descendant d’Alhazen (965-1039), c’est-à-dire l’inventeur de la « camera oscura », rien de moins. Trouver le moyen d’avancer dans la recherche scientifique tout en préservant les susceptibilités n’est pas toujours chose aisée. Même dans une communauté éclairée comme celle de ce monastère italien, les forces sont contre lui.

L’anachronisme de l’invention de Hannibal Qassim El Battouti apporte une petite touche d’humour qui met d’autant plus en lumière les superstitions de cette époque. On pense forcément au Nom de la Rose d’Umberto Eco, avec ces personnages qui tour à tour révèlent leur part d’ombre. L’œuvre de Néjib est aussi truffée de clins d’œil à notre époque : un héros au physique rappelant Zlatan Ibrahimovic ou encore une petite fille qui se fait psychanalyser, levant le voile en même temps pour le lecteur sur ce qui se passe exactement. On comprend alors qu’il est aussi question de la folie du créateur pour sa création, qui le rend aveugle à tout ce qui n’est pas l’objet de son obsession, quitte à mettre en danger sa famille.

Le dessin n’est pas forcément très joli, mais il met bien en valeur le propos narratif et facilite la lisibilité. Le découpage sait habilement tenir le lecteur en haleine, et les pages de ce pavé (presque 300) défilent sans aucun souci. C'est même passionnant ! J’ai découvert à l’occasion de cette lecture le personnage de Stupor Mundi que je ne connaissais pas. Une lecture qui amuse donc autant qu’elle éclaire le lecteur sur ce Moyen-Âge et trouve un écho avec l’actualité récente sur le débat entre liberté et portée d’un dessin.

Stupor Mundi, de Nejib
Éditions Gallimard
Juillet 2016

18 septembre 2017

Leçons de grec [Han Kang]

L'auteur : Han Kang est une auteur sud-coréenne née en novembre 1970. Elle est la fille de l'écrivain Han Seung-won et enseigne au Seoul Institute of Arts. Elle est la lauréate du Man Booker Price 2016 avec son roman précédent La végétarienne.

L'histoire : Leçons de grec est le roman de la grâce retrouvée. Au cœur du livre, une femme et un homme. Elle a perdu sa voix, lui perd peu à peu la vue. Les blessures de ces personnages s'enracinent dans leur jeunesse et les ont coupés du monde.

À la faveur d'un incident, ils se rapprochent et, lentement, retrouvent le goût d'aller vers l'autre, le goût de communiquer.

Mon avis : Une envie de littérature différente m’a fait accepter ce partenariat en optant pour de la littérature coréenne. Je pensais, à lire la quatrième de couverture, assister davantage à la rencontre de cet homme et cette femme et à leur résurrection. En fait, non. C’est plutôt le chemin qui les conduit à cet instant de renouveau que le lecteur va découvrir. Et c’est également très joli.

Des deux personnages, le lecteur ne saura jamais les noms, ce qui m’est apparu un peu déstabilisant au départ, d’autant qu’on ne sait pas toujours lequel prend la parole. Mais on devine bien vite que c’est pour mieux souligner l’importance du corps dans la communication. Pas besoin de mots pour dire les blessures intimes qui vont les mener à se rencontrer.

Lui cache sa cécité grandissante à l'école dans laquelle il enseigne, auprès d'élèves plus ou moins motivés. Elle s'est inscrite à son cours pour tromper sa peur des mots, surtout de ceux qu'elle ne peut plus prononcer depuis qu'elle a perdu son travail et la garde de son fils. Une grande partie de ce roman porte sur des flashbacks qui montrent la faillite du corps de chacun, les poussant à s'enfermer dans un monde qui leur est propre, ne partageant rien avec les autres, dans l'incapacité totale de communiquer, effrayés par cette solitude qui les entoure de plus en plus.

Avant cette rencontre, l’auteur prend le temps de nous montrer chacun dans sa vie intime, dans ses souvenirs et ses sensations, dans sa relation aux autres, ajoutant par touche une profondeur à chaque personnalité au fur et à mesure que la lecture avance. Ce n'est qu'à la toute fin que nos deux protagonistes vont retrouver ensemble, après un bête accident, le goût du partage.

Entre les deux, Han Kang nous livre ici un roman subtil sur le rapport à l’autre et la résilience, avec une écriture pleine de poésie. Un grand merci aux éditions du Serpent à plumes pour cette découverte.

"Il arrive que tous deux s'observent. En attendant l'heure. Pendant le cours. Dans le couloir pendant la pause, devant le bureau. Progressivement, le visage de l'homme est devenu familier. Ses traits, ses expressions et ses gestes ordinaires se sont mués en traits, expressions et gestes particuliers. Mais elle n'y accorde aucune importance. Parce qu'elle n'a jamais traduit cette évolution en langage." (p°91)

Leçons de grec, d'Han Kang
Traduit par Jeong Eun-Jin et Jacques Batilliot
Le serpent à plumes
Août 2017

15 septembre 2017

Fleurs #46


Rose achetée le 09/04/2017

13 septembre 2017

Monster [Naoki Urasawa]

L'auteur : né en janvier 1960, Naoki Urasawa est un mangaka japonais couronné de nombreux prix et connu pour sa série Monster mais aussi pour 20th Century Boys.

L'histoire : 1986, Düsseldorf, Allemagne de l'Ouest. Un jour, le Dr Tenma décide d'ignorer l'ordre de son supérieur et sauve la vie d'un enfant. C'est ainsi que commence cette terrible histoire.

Mon avis : La découverte de ce manga, je la dois à C’era qui semblait happée dans sa lecture et qui a su très bien me la vendre. Elle a été très habile car la série compte 18 tomes, soit 3 800 pages parues en 4 ans. En général, plus de 10 tomes et je suis réticente à me lancer dans un manga. Plus il y a de tomes, plus on a tendance à avoir une histoire délayée, qui n’est pas vraiment construite et où les auteurs tentent de rallonger la sauce pour gagner de l’argent. Ici, ça pourrait effectivement gagner en intensité en étant un peu plus court. Mais il n’en reste pas moins un thriller psychologique de qualité.

Ce manga met en scène une course poursuite entre un psychopathe et le médecin qui lui a sauvé la vie étant jeune, le tout situé en Allemagne avant et après la chute du mur. Le trait est réaliste, les décors sont soignés et tout à fait crédible dans cette Europe de l’Est en pleine mutation. En prenant ce contexte historique comme point d’ancrage, Naoki Urasawa fait beaucoup pour démocratiser la culture manga, notamment auprès des européens hostiles à ce genre.

Bien plus que par les différents protagonistes, les personnages sont surtout poursuivis par des questions existentielles. Par facilité, l’auteur aurait pu poser des personnages très manichéens. Au contraire, ils sont tous terriblement humains, même celui qui apparait au premier abord comme le pire des monstres. Qui ils sont et ce qu’ils veulent devenir, malgré leur passé, voilà la quête réelle de cette histoire.

La mise en scène est palpitante et sans temps morts, à peine quelques passages un peu moins denses qui permettent au lecteur de respirer. Ça va tellement vite d’ailleurs qu’on flirte parfois un peu trop avec des raccourcis obscurs qui voient les personnages se retrouver sans qu’on comprenne vraiment trop comment ils peuvent arriver au même endroit au même moment. Mais c’est magnifiquement servi par une galerie impressionnante de personnages secondaires vraiment travaillés et parfois attachants, même dans leurs défauts. Sans violence exagérée, chacun se débat avec ce qu’il est et ce à quoi il est confronté. Car les hommes sont violents par nature, ne serait-ce que dans ce qu’ils se font subir les uns aux autres.

En dehors de toutes ces qualités indéniables, j’ai trouvé cependant le dernier tome un poil en dessous. Comme si la montagne accouchait d’une souris. La tension monte de plus en plus au fil des tomes mais le dénouement n’est pas à la hauteur. Limite à se demander si l’auteur savait vraiment où il emmenait ses lecteurs.


Monster, de Naoki Urasawa
Éditions Kana
1995

11 septembre 2017

La maison des Turner [Angela Flournoy]

L'auteur : Angela Flournoy est une professeur et auteur américaine. La maison des Turner est son premier roman, retenu dans bon nombre de sélections de prix littéraires aux États-Unis.

L'histoire : Cela fait plus de cinquante ans que la famille Turner habite Yarrow Street, rue paisible d'un quartier pauvre de Detroit. La maison a vu la naissance des treize enfants et d'une foule de petits-enfants, mais aussi la déchéance de la ville et la mort du père.

Quand Viola, la matriarche, tombe malade, les enfants Turner reviennent pour décider du sort de la maison qui n'a désormais plus aucune valeur, la crise des subprimes étant passée par là.

Garder la maison pour ne pas oublier le passé ou la vendre et aller de l'avant ? Face à ce choix, tous les Turner, de Cha-Cha, le grand frère et désormais chef de famille, à Lelah, la petite dernière, se réunissent. Et s'il fallait chercher dans les secrets et la mythologie familiale pour trouver la clef de l'avenir des Turner et de leur maison ?

Mon avis : Francis le père, en 1944. Il quitte le Sud direction Détroit. Il espère pouvoir devenir pasteur mais ne trouve que des petits boulots. Il préfère boire ses maigres salaires plutôt que d’envoyer de l’argent à sa femme, qui en plus de s’occuper de Cha-Cha leur fils ainé, doit se mettre au service des blancs pour subsister.

Détroit en 2008. Viola vit chez Cha-Cha. Sa maison n’est pas fini de payer et elle doit encore 40 000$ à la banque. Pourtant la crise des subprimes est passée par là et la maison ne vaut désormais pas plus de 4 000$ à la revente. La moitié de ses 13 enfants se réunissent pour essayer de trouver une solution. Troy, vétéran et désormais policier, essaie de magouiller. Lelah la benjamine tente de surmonter son addiction au jeu.

Nous allons naviguer entre ces deux périodes, entre passé et présent pour comprendre ce qu’il est advenu de cette famille unique et pleine de vie. Des épreuves et des moments de joie vécus par une famille aux liens familiaux qui parfois se distendent, mais aussi en toile de fond les grandes questions qui minent l’Amérique : le racisme, le rapport aux forces de l’ordre pour la population noire, les addictions au jeu ou à l’alcool, le chômage…

Je n’ai malheureusement pas réussi à me laisser emporter dans ce récit. Je n’ai pas trouvé le côté drôle promis par le bandeau, et pour une saga familiale d’une famille de 13 enfants, toute la lumière est prise par l’aîné et la benjamine, laissant les autres membres bien trop à l’écart. Le parcours de vie des parents est ce qui a le plus retenu mon attention, comme un témoignage de ce qu’était l’Amérique des années 50 pour un couple noir. Mais ces passages sont trop peu nombreux et on ne voit guère où l’auteur veut en venir pour le reste. À moins peut être de considérer que le vrai personnage de ce roman est la ville de Détroit, de son épanouissement industriel à son déclin le plus total.

Bref, une lecture qui ne m’a pas convaincue, même si je remercie Les Escales et Netgalley pour cette occasion.

La maison des Turner, d'Angela Flournoy
Traduit par Anne-Laure Tissut
Les Escales
Août 2017

08 septembre 2017

Moi, moche et méchant 3, de Pierre Coffin et Kyle Balda

Film d'animation américain de Pierre Coffin et Kyle Balda, sorti le 05 juillet 2017.

L'histoire : Alors que Gru, totalement déprimé par sa mise à pied, tente de trouver une nouvelle voie, un mystérieux individu se présente pour l’informer du décès de son père et de l’existence d’un frère jumeau prénommé Dru. Si Gru, tout d’abord enthousiasmé à l’idée d’avoir un frère, se rend avec Lucy et les filles dans son île natale, Freedonia, pour rencontrer son jumeau, il déchante vite. Vont-il réussir à faire alliance pour mettre hors d'état de nuire l'insaisissable Balthazar Bratt ?

Mon avis : Disons le tout net, je n'ai pas aimé. Deux ans après Les minions et quatre ans après l'épisode 2,  celui-ci est clairement le film de trop.

On retrouve pourtant avec plaisir Gru et Lucy, les filles, les minions, bref toute cette famille qui sait nous attendrir.

Mais, cet opus manque cruellement d'une histoire construite, car on nous livre ici un empilement d'histoires secondaires qui ont du mal à trouver leur place : un frère jumeau, un travail à retrouver, un méchant à neutraliser, une chasse à la licorne... La fin en est l'exemple parfait : ce n'en est pas une ! Dru est inintéressant et le méchant est ridicule, dans le mauvais sens du terme : ses pitreries ne m'ont tiré aucun sourire, allant parfois jusqu'à m'énerver avec ses déhanchements, alors que la bande son, elle, est plutôt sympa. Ça part dans tous les sens et n'a ni queue ni tête. Comme en plus ce n'est pas drôle...

Au final, les seuls passages à sauver sont ceux des minions et d'Agnès pourchassant sa licorne. S'ils sont vraiment agréables, vous avouerez que ça ne suffit pas à justifier une séance de cinéma pendant laquelle j'ai trouvé le temps long. Voici un coup marketing qui aura certainement su fonctionner en cette période estivale.

06 septembre 2017

Silas Corey, le réseau Aquila & le testament Zarkoff [Fabien Nury & Pierre Alary]

Je continue ma découverte des œuvres de Fabien Nury, après Atar Gull, et j'arrive maintenant à sa collaboration avec Pierre Alary, dessinateur français de cette saga en 4 tomes Silas Corey.

L'histoire : Détective. Espion. Tueur. Héros ou escroc, ça dépend de l'employeur...

Mon avis : 1917, la guerre s’enlise dans les tranchées. Le détective Silas Corey, aidé de son acolyte Nam, va être appelé à devenir agent triple au service du « Tigre » Clémenceau, du président du Conseil Caillaux (pour le bien du scénario, car c’est historiquement faux) et d’un groupe d’armement. Sa loyauté ira-t-elle à celui qui paiera le plus ? Certes, c’est un ancien soldat mais il est culotté, roublard, et arrogant, un brin dandy aussi. Il a donc un potentiel d’humour que les auteurs savent exploiter. Le profit personnel n’est pas laissé de côté, car quitte à risquer sa vie, autant que ça lui rapporte au passage. On devine aussi par bribes que son passé a connu des heures graves, laissant planer le mystère sur celui qui saura se l’allier. Il aurait été facile de perdre le lecteur en faisant jouer au personnage principal un rôle d’agent triple. Les auteurs évitent cet écueil.

Construit comme Largo Winch sur le principe d’un diptyque, chaque histoire s’étale donc sur deux albums (à la parution parfois assez éloignée mais les empruntant seulement maintenant à la bibliothèque, j’ai eu la chance de m’épargner la frustration d’attendre la sortie d’un deuxième volume). Cependant, il faut bien deux tomes pour mener à bien les récits, qui ne souffrent d’aucun temps mort ou baisse de régime. Le cadre historique choisi est parfait pour mettre en jeu des antagonismes à hauts enjeux. J’ai découvert le Deuxième bureau, service de renseignement de l’armée française avec le premier duo, puis la montée du nazisme en Allemagne, acceptée comme contre-pouvoir au communisme qui met fin à la guerre sur le front est. C’est suffisamment documenté pour être passionnant sans être indigeste pour autant ou trop mettre de côté l’aspect divertissant.
Silas Corey, le réseau Aquila tome 1 de Nury et Alary - page 10
Le dessin élégant d’Alary apporte le rythme nécessaire à ces histoires d’espionnage, faisant des plans serrés sur une main ou un regard avant de dévoiler dans un plan plus large l’ensemble de la scène aux yeux du lecteur. Pour autant, la narration n’en souffre pas, tout est très compréhensible.Les couleurs de Bruno Garcia font la part belle aux ambiances sombres, accentuant le mystère.

Vieilles ficelles n’est pas toujours synonymes de mauvais résultats, comme nous le démontrent Alary et Nury ici même. Ce qu’ils nous proposent avec Silas Corey est classique mais terriblement efficace et agréable. Je suis preneuse d’un troisième diptyque !

Silas Corey : le réseau Aquila tomes 1 & 2, le testament Zarkoff tomes 1 & 2, de Fabien Nury et Pierre Alary
Glénat
Janvier 2013

04 septembre 2017

Celle que vous croyez [Camille Laurens]

L'auteur : De son vrai nom Laurence Ruel, Camille Laurens est une auteur française née en novembre 1967 à Dijon. Elle fait partie du jury Femina et enseigne, notamment à Sciences Po.

L'histoire : Vous vous appelez Claire, vous avez quarante-huit ans, vous êtes professeur, divorcée. Pour surveiller Jo, votre amant volage, vous créez un faux profil Facebook : vous devenez une jeune femme brune de vingt-quatre ans, célibataire, et cette photo où vous êtes si belle n'est pas la vôtre, hélas. C'est pourtant de ce double fictif que Christophe - pseudo KissChris - va tomber amoureux.

Mon avis : C’est donc l’histoire de Claire Millecam, 48 ans, internée en soin psychiatrique. Elle raconte à Marc comment elle en est arrivée à se créer un double sur Facebook pour espionner son jeune amant, tissant au passage une relation avec Chris, le meilleur ami. Cette relation virtuelle prendra de plus en plus de place dans sa vie mais ne semblera pas pouvoir aboutir sous peine de révéler la supercherie.

Histoire somme toute assez banale à deux exceptions près. D'abord, de magnifiques pages sur la détresse d’une femme atteignant la cinquantaine qui voit une société prônant à outrance la jeunesse la repousser. Le désir est pourtant toujours là, l'âge ni change rien, et ce n'est pas la différence flagrante de jugement de la société entre un homme et une femme qui peut aider à assumer.

L'autre élément qui sort ce roman de l'ordinaire, c'est la mise en abîme de la création romanesque. Le parallèle entre le désir charnel et le désir d'écrire est tout trouver. De même celui sur la réalité de la création. C'est détaillé dans les mots de Claire à son psychiatre mais aussi dans la construction même du roman. Car l'histoire initiale de Claire est reprise par d’autres points de vue (séance avec le psychiatre donc, témoignage du psychiatre, lettre à un éditeur, entretien avec un avocat) qui remettent en question la perception du lecteur, le déstabilise. Entre Chris, Claire, Camille et le lecteur c’est un véritable jeu de dupes où l’on ne sait trop qui manipule qui.

Jusqu'à une fin en apothéose qui nous laisse ébahis.

Celle que vous croyez, de Camille Laurens
Folio
Avril 2017