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21 octobre 2014

Japantown [Barry Lancet]

L'auteur : Barry Lancet est un auteur américain. Japantown est son premier roman. Un deuxième, Tokyo kill, toujours avec le personnage de Jim Brodie, vient juste de sortir aux États-Unis. Les droits d'adaptation de Japantown ont déjà été achetés par la Warner.

L'histoire : À Japantown, quartier nippon de San Francisco, une famille japonaise est abattue dans une mise en scène macabre. Unique indice : un kanji dessiné sur la scène de crime...

Le soir même, la police fait appel à Jim Brodie, un expert spécialisé dans la culture et l'art asiatiques. Surtout, le kanji est le même que celui trouvé sur les lieux du meurtre de sa femme, six ans plus tôt. Prêt à tout pour rendre sa propre justice, Brodie se lance alors dans une enquête mortelle sur les traces d'une organisation de yakuza insaisissables, œuvrant à l'ombre des plus hautes sphères du pouvoir, de San Francisco à Tokyo...

Mon avis : Lors des premières pages, j'ai craint un thriller de facture un peu trop classique, pas forcément mauvais mais que rien ne démarquerait. Il faut dire que les ficelles du thriller à l'américaine pré-formaté pour une adaptation cinématographique sont bien là. Tout commence avec un coup de téléphone qui tire Jim Brodie de son travail de restauration sur une pièce d'antiquité. Son ami appartenant au SFPD lui demande son aide sur une affaire particulièrement glauque : en pleine nuit, une femme, son mari, leurs deux enfants et un garde du corps ont été abattus au milieu d'une rue. Personne n'a rien vu. Seul indice : un kanji qui rappelle à Brodie celui qu'il a pu voir, plusieurs années auparavant sur la scène de crime où sa femme a trouvé la mort.

Classique vous disais-je : un dur à cuire qui a perdu sa femme, détective privé avec des liens avec la police, une enquête qui trouve écho dans le passé du héro, une course contre la montre pour trouver les méchants avant de tomber sous leurs coups... L'originalité de Barry Lancet est de placer l'action à la fois en Californie et au Japon. Son héro a une double culture sino-américaine et entraîne le lecteur à sa suite dans les méandres du fonctionnement de la société japonaise, faite de faux-semblants. Cela associé à une histoire assez habilement construite suffit à faire tourner les pages au lecteur. J'ai découvert avec intérêt des pans entiers de l'histoire du Japon, des shôguns jusqu'à l'invasion de la Chine, en passant par les traditions culturelles et la construction des kenji.

Rien de grandement original donc, mais un polar tout à fait honnête qui distrait le lecteur. C'est déjà pas si mal.

Merci à Babelio et aux éditions Bragelonne pour ce partenariat.

Japantown, de Barry Lancet
Traduit par Olivier Debernard
Bragelonne
Octobre 2014

17 octobre 2014

Hospices de Beaune

Fronton des Hospices de Beaune

J'avais déjà visité les Hospices de Beaune, ou Hôtel-Dieu de Beaune, dans ma prime jeunesse. J'en gardais un souvenir fort et coloré. L'occasion s'est présentée de passer un weekend pas très loin et je n'ai pu résister à l'envie d'y faire un tour avec mon regard d'adulte. Cet édifice a été construit par Nicolas Rolin et son épouse Guigone de Salins. Rappelez-vous, nous avons déjà évoqué ici le chancelier du duc de Bourgogne, Nicolas Rolin, par le biais du tableau La Vierge au chancelier Rolin exposé au Louvre.

Cour de l'Hôtel-Dieu de Beaune

Ce qui marque en premier quand on pénètre dans la cour, ce sont les tuiles vernissées typiques de Bourgogne aux couleurs jaune, brun, rouge et vert. C'est parce que Beaune est un nœud important de communication dans l'empire bourguignon que le choix s'est porté sur cette ville pour édifier ce bâtiment et les premiers patients sont accueillis en 1452 : vieillards, malades, personnes perdus ou coincés sur leur chemin... beaucoup pouvaient y trouver refuge. Édifice également religieux, les riches de la cité pouvaient acheter leur salut par force dons qui participaient au bon fonctionnement de l'établissement, de même que la vigne qui permettait des ressources propres et des salines qui apportaient une rente annuelle. En 1459, Nicolas Rolin obtient la création de l'ordre des Sœurs hospitalières de Beaune, sœurs qui veilleront sur les pauvres confiés à leur garde.

Salle des Pôvres, et au fond, la chapelle
Tête de bourgeois sur la charpente

La salle la plus impressionnante est la salle des Pôvres, composée de 30 lits positionnés sur les murs sud et nord en file indienne. Au bout, se dresse la chapelle, rappelant en permanence la présence de Dieu aux malades. Elle était décorée avec le polyptyque du Jugement dernier de Rogier Van der Weyden, dont je vous parlerai une prochaine fois.La charpente est très colorée et décorée, notamment de têtes de bourgeois beaunois. Le carrelage présente le monogramme de Rolin et sa devise "Seule*", signifiant que sa femme Guigone était la seule dame de ses pensées.


Carrelage avec le monogramme de Nicolas Rolin. On distingue le n et le g

Pharmacie des hospices de Beaune

La pharmacie est également intéressante par les pots de faïence et de verre qu'elle expose, chacun bien étiquetés. Ils contenaient des produits encore aujourd'hui utilisés et d'autres un peu plus étonnants comme la poudre de castor.

Les hospices de Beaune ont été actifs jusque dans les années 1960.

Site des Hospices de Beaune : http://www.hospices-de-beaune.com/

Informations utiles :

Hospices de Beaune
Rue de l'Hôtel Dieu
21 200 Beaune
Tel : 03 80 24 45 00

13 octobre 2014

Abandon de lecture #2

L’armoire des robes oubliées de Riikka Pulkkinen

L'histoire : Alors que sa grand-mère Elsa se meurt d'un cancer foudroyant et que tous ses proches se rassemblent pour adoucir ses derniers jours, Anna découvre que, derrière le mariage apparemment heureux de ses grands-parents, se cache un drame qui a marqué à jamais tous les membres de sa famille.

Une vieille robe trouvée par hasard, et dont elle apprend qu'elle aurait appartenu à une certaine Eeva, va réveiller le passé. Cette Eeva, dont on ne lui a jamais parlé, aurait été, dans les années 60, la nourrice de sa mère. Mais Anna ne tarde pas à comprendre qu'elle a été beaucoup plus qu'une employée et que son grand-père, peintre célèbre, l'a profondément aimée...

Mon avis : Un roman dans lequel je n’ai pas réussi à me plonger. Un peu trop contemplatif et introspectif à mon goût et puis je n’ai pas accroché au style de l’auteur. D’où un manque d’intérêt pour les personnages et leurs destins.

Abandon à 28%

Black-Out (Blitz tome 1) de Connie Willis

L'histoire : Oxford, futur proche. L’université est définitivement dépoussiérée : historien est devenu un métier à haut risque. Car désormais, pour étudier le passé, il faut le vivre. Littéralement.

Michael Davies se prépare pour Pearl Harbor, Merope Ward est aux prises avec une volée d’enfants évacués en 1940, Polly Churchill sera vendeuse en plein coeur du Blitz, et le jeune Colin Templer irait n’importe où, n’importe quand, pour Polly…

Ils seront aux premières loges pour les épisodes les plus fascinants de la Seconde Guerre mondiale. Une aubaine pour des historiens, sauf que les bombes qui tombent sont bien réelles et une mort soudaine les guette à tout moment. Sans parler de ce sentiment grandissant que l’Histoire elle-même est en train de dérailler.

Et si, finalement, il était possible de changer le passé ?

Mon avis : Moi qui attendais tant de ce roman tellement apprécié sur la blogosphère, sans trop m’être penchée sur l’histoire, je suis déçue de ne pas avoir accroché. D’abord parce que le mélange Histoire et SF me plaisait. Ensuite parce que la période choisie, celle du Blitz, m’intéressait énormément. Seulement, j’ai été perdue dans le premier quart où l’auteur pose le concept de voyage temporel au service des historiens. Beaucoup de personnages dont on ne comprend pas vraiment les motivations et les relations les uns avec les autres ; un personnage qui semble central et qui est vecteur de chamboulement mais qui n’est que cité et jamais croisé ; un manque de fil conducteur.

On m’a conseillé de m’accrocher, que tout ferait sens une fois que tous les historiens seraient partis et coincés au milieu du Londres sous les bombardements. Je n’ai pas eu cette patience. Ceci dit, vu l’avis vraiment enthousiaste de certains lecteurs à qui je fais d’habitude assez confiance, je ne m’interdis pas de retenter cette lecture à un autre moment.

Abandon autour de 25%

09 octobre 2014

Les anges de New York [R.J. Ellory]

Lea touch Book a eu l'excellente idée de proposer un challenge Ellory, du 15 septembre au 15 octobre. J'avais bien sûr Les anges de New York dans ma PAL alors j'ai participé. Ma dernière lecture de l'auteur remontait à avant les grandes vacances avec la trilogie de nouvelles Chicagoland. Et au cours de ma lecture c'est Mauvaise étoile qui a rejoint ma PAL. Il y a toujours un Ellory qui m'attend !

L'histoire : Malgré l'avis de sa hiérarchie, Frank Parrish, inspecteur au NYPD, s'entête à enquêter sur le meurtre d'une adolescente, victime, pense-t-il, d'un tueur en série. Contraint de consulter une psychothérapeute après la mort de son partenaire, Frank va lui livrer l'histoire de son père, figure éminente des Anges de New York, ces flics d'élite qui, dans les années 1980, ont nettoyé Manhattan de la pègre et des gangs. Une histoire bien différente de la légende communément admise.

Mon avis : Autant le dire tout de suite, j’ai été un petit peu moins convaincue par ce roman-ci. Attention, cela ne veut pas dire qu’il est mauvais, loin de là ! Et je ne vous cache pas que je l’ai tout de même dévoré et que j’ai beaucoup apprécié.

Je n’ai pas été emportée par la partie historique relatant l’âge d’or de la mafia new-yorkaise. Elle n’était pas assez développée à mon goût et j’aurais aimé y plonger bien davantage. C’est d’habitude la force des romans de l’auteur que de mener en parallèle l’histoire actuelle et l’histoire passée pour les faire se réunir en fin de roman. Mais dans Les anges de New York, le récit se base essentiellement sur l’enquête à l’époque actuelle, qui est somme toute assez classique. Et il n’y a aucun lien entre l’histoire que Frank Parrish raconte à son psy et son enquête actuelle : juste un éclairage psychologique qui explique l’état d’esprit de l’inspecteur, que l’on sent au bout du rouleau.

Il faut dire que son enquête a de quoi en remuer plus d’un ! Des jeunes filles d’une quinzaine d’année sont retrouvées étranglées et violées avec des traces de drogue. Seuls liens : elles ont toutes fait un passage par l’équivalent de notre Aide Sociale à l’Enfance et elles sont bien coiffées et manucurées. Forcément, on pense alors à un tueur en série. En jouant avec les limites du système, Frank Parrish va tout faire pour confondre le coupable. Se rapprochant ainsi inexorablement de ce qu’était son père, qu’il déteste et dont le souvenir le hante.

La deuxième force des romans d’Ellory, c’est l’ambiance. Et là, le lecteur ne sera pas déçu. L’auteur nous offre une véritable plongée dans l’esprit de Frank Parrish, flic de 44 ans, qui tient ses rêves où des cadavres lui parlent éloignés grâce à l’alcool. Sa famille se décompose et le vide se fait autour de lui. Même au boulot où il est sous le coup d’une retenue sur salaire et où son permis lui a été retiré. Vous me direz que c’est l’archétype du flic américain, ce qui n’est pas faux. Mais le personnage est suffisamment fouillé et crédible pour que cela tienne et que le lecteur adhère et ressente de l’empathie pour lui. Par opposition à son père, il endosse le costume d’ange veillant sur la ville, mais les ailes sont lourdes à porter.

Bizarrement, malgré toutes les horreurs décrites, j’ai eu une furieuse envie de retourner à New York. Car le décor planté par Ellory est bien réel : j’ai déambulé dans la ville, couru les pâtés de maison, suis entrée dans les petits restaurants…

Au final, un bon roman bien noir, moins classique qu’il n’y paraît !

Les anges de New-York, de R.J. Ellory
Traduit par Fabrice Pointeau
Livre de poche
Septembre 2013

05 octobre 2014

Exposition : la mode des années 50

M'octroyant une pause déjeuner un peu plus longue que d'habitude, j'ai fait un saut au Palais Galliera pour visiter l'exposition sur la mode des années 50. Les photographies n'étant pas autorisées, juste pour une question de droit à l'image, les illustrations que vous trouverez ici sont toutes issues d'une recherche sur Internet. Du coup, elles ne mettent pas forcément en avant mes coups de cœur pour certaines créations. Un clic dessus en tout cas vous permettra de les voir en plus grand.

Affiche exposition La mode des années 50
À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, Christian Dior révolutionne la mode. Il propose des jupes amples et longues, une taille marquée, des épaules menues. Et dessine la silhouette de la femme des années 50.

À lui seul, Christian Dior représente 49% du chiffre d'affaires de l'exportation de la couture française. Les couturiers sont masculins et ils emprisonnent la femme dans cette silhouette. Ce n'est qu'à son retour en 1974, à 71 ans, que Gabrielle Chanel ira à l'encontre de cette domination et definira une silhouette androgyne avec son tailleur, silhouette qui annoncera le bouleversement de la décennie suivante. D'autant qu'avec l'avènement du prêt-à-porter, de nombreuses maisons de haute couture disparaissent : de 106 maisons en 1946, on n'en comptera plus que 36 en 1958.

La première salle expose des modèles de jour. Le manteau et la robe de jour témoignent d'une époque où la femme se changeait plusieurs fois dans la journée, en fonction des événements et occasions. Sa tenue revêtait une grande importance ; c'était un véritable langage en soi. Dans cette salle, j'ai eu un coup de coeur pour le Manteau automne-hiver 1953 de Grès, en lainage et angora imprimé, d'une coupe que je trouve tout à fait assumable de nos jours. La robe de Givenchy à motif petits pois printemps-été 1953 est rigolote et fait partie d'une collection qui tourne autour des légumes. Une petite alcôve expose les modèles été et bain, et j'ai aimé l'ensemble jupe et bustier de Lanvin-Castillo (1955) encore une fois très portable de nos jours.

Ensemble jupe et bustier Lanvin-Castillo vers 1955 (source : Glamourparis)

La deuxième salle présente les tenues de soirée et la magnifique robe bustier de tulle et dentelle grise de Dior (plus précisément une robe de bal de 1954). Une merveille de finesse et de simplicité. 

Robes de soirée (source : FranceInter) - à gauche, la robe Dior en tulle et dentelle de 1954

Les robes de soirée permettent aux couturiers d'exprimer leur génie et d'utiliser des tissus et accessoires luxueux. Les robes sont longues et mettent en scène le corps en travaillant le mouvement et en en accentuant le charme et la langueur. Les épaules nues sont une constante. Une estrade est réservée aux robes noires : couleur du deuil jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale, Chanel impose l'idée que le noir est une couleur qui sied particulièrement à la silhouette féminine, quelle qu'elle soit. La robe noire devient alors un incontournable du dressing.

Robes noires (source : La Dame de Pic)

Les tenues de soirée exposées mettent en valeur le travail des petites mains et des différences flagrantes de style apparaissent entre les créateurs : Fath a un côté exubérant et joyeux ; Heim est en général plus sobre.

Un couloir présente quelques éléments de lingerie, mais cela ne vaut pas l'exposition La mécanique des dessous au musée des Arts décoratifs. Je ne m'étendrai donc pas. Il mène à une salle exposant la robe de cocktail. À la fois robe de petit soir, robe de restaurant, robe de diner ou à danser... la robe de cocktail est une robe du soir, de longueur variable, qui est moins formelle, comme une robe d'après-midi en un peu plus chic. Elle est à la fois commode et élégante. Les accessoires permettent de cacher les épaules nues jusqu'à ce que l'heure de les montrer soit là. Elle disparaîtra au milieu des années 60, avant d'inspirer assez récemment à nouveau les couturiers.

Robes de cocktail (source : La Dame de Pic)

Des accessoires sont exposés dans chaque salle. On y note les grands gants, les petits chapeaux et les voilettes. Après les années 50, les femmes perdent l'habitude de porter des chapeaux dès qu'elles sortent, les réservant à certaines occasions uniquement. Au milieu des années 50, c'est aussi l'apparition du talon aiguille.

Une exposition vraiment intéressante et suffisamment documentée par de grands panneaux avant chaque salle. Ni trop ni trop peu, juste ce qu'il faut ; d'une qualité tout à fait correct pour quelqu'un qui, comme moi, s'intéresse au sujet sans être expert loin de là. Les robes sont bien visibles et il y a de la place pour circuler. Mais il est dommage de ne pas pouvoir prendre quelques photos juste pour des questions de droit.


Informations utiles :

Du 12 juillet au 2 novembre 2014
Du mardi au dimanche de 10h à 18h, nocturne le jeudi jusqu'à 21h

Palais Galliera
10 avenue Pierre 1er de Serbie
75116 Paris
Tel : 01.56.52.86.00

Tarif : 8€
Tarif réduit : 6€

Site du palais Galliera ici

01 octobre 2014

La vérité sur l'affaire Harry Québert [Joël Dicker]

L'auteur : Joël Dicker, né en juin 1985, est un écrivain suisse et attaché parlementaire. La vérité sur l’affaire Harry Québert est son deuxième roman. Il obtient le Grand prix du roman de l’Académie française en 2012, le prix Goncourt des lycéens et a fait partie de la sélection finale pour le Goncourt.

L'histoire :  À New York, au printemps 2008, alors que l’Amérique bruisse des prémices de l’élection présidentielle, Marcus Goldman, jeune écrivain à succès, est dans la tourmente : il est incapable d’écrire le nouveau roman qu’il doit remettre à son éditeur d’ici quelques mois.

Le délai est près d’expirer quand soudain tout bascule pour lui : son ami et ancien professeur d’université, Harry Quebert, l’un des écrivains les plus respectés du pays, est rattrapé par son passé et se retrouve accusé d’avoir assassiné, en 1975, Nola Kellergan, une jeune fille de 15 ans, avec qui il aurait eu une liaison.

Convaincu de l’innocence de Harry, Marcus abandonne tout pour se rendre dans le New Hampshire et mener son enquête. Il est rapidement dépassé par les événements : l’enquête s’enfonce et il fait l’objet de menaces. Pour innocenter Harry et sauver sa carrière d’écrivain, il doit absolument répondre à trois questions : Qui a tué Nola Kellergan ? Que s’est-il passé dans le New Hampshire à l’été 1975 ? Et comment écrit-on un roman à succès ?

Mon avis : Que dire sur ce roman qui n’ait pas déjà été dit ? Je ne vais pas être très originale, mais j’ai beaucoup aimé. Pourtant, j’étais un peu sur la réserve. D’abord parce que plus de 800 pages, tout de même. Ensuite parce que la blogosphère avait largement apprécié ce roman et qu’en général, du coup, j’en attends trop et je finis déçue.

Contrairement à ce qui se passe souvent, je suis cette fois assez d’accord avec l’avis de Bernard Pivot en 4e de couverture : une fois commencé, il est difficile de lâcher se roman, véritablement prenant. Car bien plus qu’un polar, c’est un roman d’ambiance sur une petite ville d’Amérique dans les années 70.

Le style est simple et clair, et les pages se dévorent. Certains reprocheront peut être quelques redites, mais à mon sens c’est la façon de narrer l’histoire qui veut ça et cela ne m’a absolument pas dérangée. Voire, je dirais que cela permet au lecteur de réfléchir à ce qui est écrit : est-ce la vérité ?

J’ai fortement pensé à deux romans : Le monde selon Garp (étudiant américain dans une petite université, qui cherche à devenir écrivain) et Lolita (amour interdit entre un professeur de littérature et une jeune fille). Effectivement, l’histoire en elle-même n’a rien de très originale et la construction, habile, mêlant enquête, flash backs et leçons d’écriture, se base sur des codes déjà bien établis. Mais tout cela est bien écrit et fonctionne diablement.

Au-delà de l’histoire, le plus intéressant est peut-être le rapport à l’écriture. Car malgré des répliques parfois plates et mièvres, notamment celles de Nola, le lecteur est vraiment happé, le poussant toujours davantage dans l’histoire, presque malgré lui. Et on se fait la réflexion que les mots ont vraiment une grande puissance et que c’est là tout l’art de l’écrivain.

Bref, pour faire court, j’ai vraiment beaucoup aimé !


La vérité sur l'affaire Harry Quebert, de Joël Dicker
De Fallois Poche
Avril 2014

27 septembre 2014

Bon rétablissement, de Jean Becker

Film français de Jean Becker, sorti le 17 septembre 2014, avec Gérard Lanvin et Fred Testot.

L'histoire : Suite à un accident, Pierre, la soixantaine, se retrouve cloué au lit avec une jambe dans le plâtre. Misanthrope au caractère bien trempé rêvant de silence et de solitude, voilà que le monde s’invite à son chevet. Il assiste alors impuissant à la valse quotidienne des médecins, infirmières et personnels hospitalier, puis de ses proches dont son frère Hervé. Au fil de rencontres inattendues, drôles ou touchantes, Pierre reconsidère certains a priori et pose sur les autres un regard différent. Et, contre toute attente, ce séjour à l’hôpital finit par ressembler à une renaissance…

Mon avis : Ce film est une adaptation du roman du même nom de Marie-Sabine Roger. C'est d'ailleurs ma dernière lecture de l'auteur, lecture qui date déjà de deux ans. Et j'ai son tout dernier titre dans ma PAL. Je peux déjà vous dire qu'il n'y restera pas longtemps. Car j'aime vraiment beaucoup cette auteur. Elle a le don de mettre en scène des personnages touchants, blessés par la vie, mais pourtant ses romans sont bourrés de tendresse et d'optimisme. Des romans doudous qui font du bien au moral en somme.

Bref. Il me restait une place de ciné à utiliser la semaine dernière dernier délai. J'ai donc regardé ce qui était à l'affiche et quand j'ai vu celui-ci, je n'ai pas hésité. Et je ne le regrette pas. Car, même si un film a rarement la puissance évocatrice d'un roman, celui-ci est une fidèle adaptation. Ce n'est certes pas un grand film qui marquera l'histoire mais c'est un film honnête qui ne décevra personne. Tout repose essentiellement sur l'histoire (fidèle au roman, d'ailleurs Marie-Sabine Roger a participé à l'écriture du scénario) et sur la justesse de l'interprétation des acteurs.

Après La tête en friche, Jean Becker tente donc à nouveau l'adaptation d'un roman de Marie-Sabine Roger. On y retrouve la même sensibilité pour les personnages. Pour ce bougon de Pierre d'abord, qui va voir défiler dans sa chambre où un accident l'a immobilisé, une galerie de seconds rôles qui sont tous très justes : Myriam, l'infirmière forte en gueule mais humaine ; son frère Hervé qui s'ennuie ; Maeva, jeune ado de 14 ans enceinte ; Maxime, jeune flic en mal d'une figure paternelle ; Camille, étudiant perdu et au bord de la noyade psychologique. Cet ours bourru et affreusement solitaire qu'est Pierre ne peut y rester insensible. 

Un film simple et efficace, sans prétention autre que de faire passer un bon moment aux spectateurs, qui fait du bien au moral et que je conseille. Et si vous hésitez, au moins, précipitez vous sur le livre !


24 septembre 2014

L'heure des fous [Nicolas Lebel]


L’auteur : Nicolas Lebel, né en 1970 à Paris, est un auteur français, mais également linguiste et professeur d’anglais au lycée. Il a été traducteur pour la publicité et l’administration. L’heure des fous est son premier roman.

L’histoire : Paris : un SDF est poignardé à mort sur une voie ferrée de la gare de Lyon. « Vous me réglez ça. Rapide et propre, qu’on n’y passe pas Noël », ordonne le commissaire au capitaine Mehrlicht et à son équipe : le lieutenant Dossantos, exalté du code pénal et du bon droit, le lieutenant Sophie Latour qui panique dans les flash mobs, et le lieutenant stagiaire Ménard, souffre-douleur du capitaine à tête de grenouille, amateur de sudoku et de répliques d’Audiard…

Mais ce qui s’annonçait comme un simple règlement de comptes entre SDF se complique quand le cadavre révèle son identité.

L’affaire va entraîner le groupe d’enquêteurs dans les méandres de la Jungle, nouvelle Cour des miracles au cœur du bois de Vincennes, dans le dédale de l’illustre Sorbonne, jusqu’aux arrière-cours des troquets parisiens, pour s’achever en une course contre la montre dans les rues de la capitale. Il leur faut à tout prix empêcher que sonne l’heure des fous…

Mon avis : Voici un roman récupéré en troc et dont je ne savais pas trop quoi attendre. En plus, je l’ai pris après plusieurs déceptions de lecture, donc autant dire que j’étais quelque peu méfiante. Mais c'est au final une lecture très agréable qui m'attendait.

Les personnages sont peut-être un peu stéréotypés mais ils sont originaux et attachants, chacun avec leurs fêlures. L’auteur laisse la part belle à ce qu’ils sont et ne se contente pas de leur rôle dans l’enquête. La construction du groupe et de ses interactions est assez classique mais cela fonctionne bien.

L’enquête elle-même nous fait parcourir Paris, de Bercy à la Défense en passant par la Sorbonne et les Catacombes et le bois de Vincennes. En bonne banlieusarde d’Île de France, travaillant à Paris, ce sont des lieux qui me parlent et dans lesquels j’ai pris plaisir à me retrouver plongée pour mener l’enquête au côté de l’équipe du commissaire Mehrlicht. La police, la guerre entre les services et les accointances politiques sont évoquées.

Les amateurs d’Histoire pourront également trouver plaisir à cette lecture car Napoléon III est largement mentionné et notamment sa volonté de doter l'armée française de fusils qui se chargent par la culasse. Il est donc question de fusils Chassepot et le lecteur s'en amuse en remarquant que l’auteur porte lui aussi un nom de fusil : coïncidence ou pseudonyme habilement trouvé ? Ce roman regorge aussi de références littéraires, parisiennes et cinématographiques, tout à fait digestes je vous rassure. Et puis, forcément, une mention toute particulière pour le langage fleuri et coloré du commissaire, adepte des répliques d’Audiard, et qui apporte légèreté et humour.

Un bon polar à l’ancienne plein de charme, comme un hommage à la tradition, et une lecture bien agréable. Le récit étant très visuel, je ne serais pas étonnée qu’une adaptation télévisée puisse voir le jour.

L’heure des fous, de Nicolas Lebel
Marabout
Janvier 2013