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21 juin 2017

Monsieur désire ? [Hubert & Virginie Augustin]

Les auteurs : Hubert est un coloriste et scénariste de bande dessinée français né en 1971. Il a travaillé notamment avec Kerascoët sur la série Miss pas touche. Il s'associe ici avec Virginie Augustin, dessinatrice née en mars 1976, qui a collaboré avec Lupano sur la série Alim le tanneur.

L'histoire : Dans l'Angleterre victorienne, Lisbeth, une domestique plutôt discrète, vient d'entrer au service d'Édouard, un noble irritant de suffisance, provocateur et blasé. Habitué à choquer son entourage par le récit de ses frasques, ce jeune dandy découvre en sa nouvelle servante quelqu'un de moins docile et impressionnable qu'il ne le croyait. Face à ses piques, celle-ci reste imperturbable, ne répondant que par un regard empreint de compassion sincère. Entre les deux, malgré leurs disparités sociales, une étrange complicité va naître au gré de joutes verbales plus ou moins intenses. De servante, Lisbeth va devenir confidente. Non sans éveiller quelques jalousies chez les autres domestiques...

Mon avis : On pourrait égrener longtemps les références qu’on pourrait deviner à cet album : Downton Abbey, Oscar Wilde, Choderlos de Laclos… Nous avons ici un sujet déjà vu, celui de la perversion d’un aristocrate oisif qui, jouant de sa position supérieure, tente de faire tomber une jeune servante vertueuse mais douce. Vice contre vertu. Entre fascination et dégoût, le lecteur écoute la litanie des perversions auxquelles Monsieur s’adonne. Il s’ennuie le pauvre, alors il va toujours plus loin, cherchant à choquer et provoquer tout un chacun. Jusqu’à ce qu’une bonne nouvellement arrivée à son service le regarde sans le juger. Une étrange relation s’installe bientôt entre eux, que pourtant tout oppose.

Peu recommandable, monsieur Edward l’est indubitablement. Mais comme Lisbeth, le lecteur se prend à espérer plus sous cette carapace de dépravation. Une forme de tendresse semble poindre de leurs étranges échanges. Au point d’y perdre sa vertu ? Car étant femme et domestique, c’est elle qui a forcément tout à perdre. La peinture sociale de ce XIXe siècle britannique est magnifiquement rendue, avec toute la cruauté des relations entre des classes sociales différentes et des dialogues cyniques au possible. L’un a tout pour être heureux avec son appartenance à l’aristocratie, l’autre trime du matin au soir dans son rôle de domestique. L’un est un homme et a tout pouvoir, n’hésitant pas à en user d’ailleurs, l’autre est une femme et doit se protéger des ragots. Chacun a sa place. Tout en y restant, Lisbeth saura-t-elle sauver Edward ?

Monsieur désire ? de Hubert et Augustin, page 19
Le dessin de Virginie Augustin sert la crudité des propos sans voyeurisme, avec un petit côté rétro qui sied parfaitement, mais aussi un dynamisme qui surprend. Au fil de pages parfois sans paroles, il révèle la complexité plus grande de ce dandy que les mots seuls ne pourraient le laisser entendre. Et le visage soit disant ingrat donné à Lisbeth incite à se demander où se cache la vraie beauté.

L'album se termine par un cahier très intéressant expliquant le contexte social de l'époque, le fonctionnement de la société victorienne et la ruée vers l'or aux États-Unis, seul espoir d'une autre vie pour certains.


Monsieur désire ?, d'Hubert & Virginie Augustin
Éditions Glénat
Septembre 2016

19 juin 2017

Umami [Laïa Jufresa]

L'auteur : Née en 1983 au Mexique, Laïa Jufresa a fait ses études en France, aux États-Unis et en Argentine. Umami est son premier roman.

L'histoire : «Tenter de dire qui était ma femme est aussi indispensable qu’impossible à expliquer, comme l’umami, ce goût imprégnant les papilles sans pour autant se laisser saisir, naviguant tranquille entre salé et sucré. Un titre parfait parce qu’incompréhensible ; d’ailleurs, je n’ai jamais totalement compris Noelia Vargas Vargas. Voilà peut-être pourquoi je ne me suis jamais lassé d’elle. Peut-être que c’est uniquement ça l’amour.»

Mon avis : Umami, c’est le nom de cette cinquième saveur officialisée en 1985. C’est aussi le nom de la maison d’Alf, les quatre autres reprenant également chacune le nom des autres goûts. S’il n’est que peu question de cuisine dans ce roman, il est surtout question du goût de la vie, qui, par la voix des différents membres de cette communauté, va prendre des teintes très variées, en commençant par celle de l’amertume du deuil.

Ana, du haut de ses 13 ans, porte un regard éclairé sur ce qui l’entoure, contemplant la douleur de sa mère après la noyade de sa sœur. Son amie Pina vit seule avec son père depuis que sa mère est partie on ne sait trop où. Marina est une jeune artiste souffrant psychologiquement et qui a pris son indépendance. Alf, propriétaire de toutes ces habitations et anthropologue, se console en écrivant de la mort de sa femme. Et comme un fantôme, planant au dessus de tout ce monde, Luz, la sœur d’Ana. Dans chaque habitation, les êtres ont été abimés : deuil, maladie, détresse… Pourtant, la vie continue avec ses peines et ses joies, avec sa poésie et son humour. Chaque personnage sait être attachant à sa manière, dans sa lutte pour se réinventer ou se reconstruire.

Les mots simples de Laïa Jufresa font un tissage tout en sobriété des relations de chacun, basées sur de petits riens de la vie quotidienne. Par leur monologue, chacun à tour de rôle donne son point de vue sur la situation. La construction est faite par anecdotes qui s’assemblent ensuite comme un puzzle, pour former une vue d’ensemble. Ce procédé narratif se double d’une remontée dans le temps, puisqu’on navigue de 2005 à 2001. J’ai du coup trouvé qu’on y perdait en ressenti, et j’ai eu du mal à m’attacher aux personnages, perdue que j’étais entre différents narrateurs, différentes époques et des fin de chapitres parfois abruptes.  Si une douce mélancolie baigne ce roman, ça n’a parfois pas suffi à me ramener dans cette découverte d’un autre visage du Mexique, loin de la violence qu’on lui prête bien trop souvent.

Je retiens cependant une plume pleine de douceur et une autre vision du Mexique.

Umami, de Laïa Jufresa
Traduit par Margot Nguyen Béraud
Éditions Folio
Mars 2017

16 juin 2017

Puy de Dôme et Chaîne des puys

Avec le weekend de Pentecôte, une envie de nature nous a saisis. Direction le Puy de Dôme pour faire le plein de verdure et respire le bon air.

Au centre des quatre départements auvergnats, les premières éruptions de la chaîne des puys remontent à 60 millions d'années et les dernières ont eu lieu il y a à peine 5 000 ans. Des périodes de calme absolu de plusieurs milliers d'années succédaient à des phases d'activité intense. Aujourd'hui, en attendant une nouvelle phase d'activité possible, on peut contempler les différentes formes volcaniques qui s'offrent aux yeux des visiteurs.

Le Puy de Dôme
Le Puy de Dôme est le plus haut des dômes péléens, qui ne sont que huit. 1 465m. De son sommet, on peut contempler une soixantaine de bouches et de cônes, tous recouverts de verdure. Car la nature a repris ces droits après ce déluge de feu.

L'antenne du Puy de Dôme
Certains volcans présentent un cratère, mais pas tous. En tout cas le puy de Dôme est un indicateur de la météo pour les locaux : un nuage qui le coiffe est signe de temps qui se gâte.

La chaîne des Puys
Pour monter au sommet, un petit train à crémaillère pour ceux qui n'auraient pas le courage de faire la montée à pied. Arrivé en haut, on peut contempler les restes d'un temple de Mercure, lié au culte gallo-romain, datant des années 50 après J.C., restes qui ne laissent guère deviner la grandeur passée du site, après les invasions barbares.

Aujourd'hui, c'est un baromètre qui se dresse au sommet, ainsi qu'une antenne de télévision.

Vue sur Clermont-Ferrand

14 juin 2017

La fille du professeur [Sfar & Guibert]

Les auteurs : Né en août 1971, Joann Sfar est un auteur français de romans et de bande dessinée connu pour sa série du Chat du rabbin. Il collabore ici avec Emmanuel Guibert, aux dessin et couleurs, connu lui pour sa série La guerre d'Alan.

L'histoire : Trente siècles les séparent et pourtant... ils s'aiment !

Comment demander la main de Miss Liliane, la fille du professeur Bowell, quand on est perdu dans le Londres embrumé de la fin du XIXe siècle et momifié depuis trois mille ans ? Impossible, n'est-il pas ? Et pourtant, Imhotep IV, prince d'Égypte, amoureux follement emballé, est prêt à tout pour fuir avec sa bien-aimée les quais mal famés de la Tamise et rejoindre les rives ensoleillées de son Nil natal. Malheureusement, lorsque le destin et Sa Gracieuse Majesté s'en mêlent, tout s'emmêle, se complique et s'embrouille à tel point qu'on finirait par regretter le calme feutré d'un sarcophage bien capitonné.

Mon avis : Après l'échec de ma lecture de Star of stars de Sfar et Bagieu, et après mon abandon de La guerre d'Alan de Guibert, on pourrait se demander qu'elle idée a bien pu me traverser l'esprit pour entamer cette nouvelle lecture, qui réunit deux auteurs que je n'apprécie pas beaucoup. C'est que, j'avais un vague souvenir plutôt positif de cette bande dessinée, découverte dans ma jeunesse. J'ai donc voulu vérifier si Sfar, Guibert et moi ça ne fonctionnerait jamais. Et je ne suis pas certaine d'être convaincue.

L'idée est pourtant bigrement originale et tentante. Une momie tombe amoureuse d'une jeune fille. Ils se baladent dans les rues de Londres et ne manquent pas de se faire remarquer. Sauf qu'une suite de quiproquos va lancer le couple dans un jeu de chat et de souris avec la police.

Il manque malheureusement des accroches historiques réelles et le scénario est parfois trop bancal.  Les coups de génie sont pourtant bien là, mais si peu exploités, comme le père d'Imhotep pour un conflit de génération ou la reine Victoria en personne kidnappée et balancée à la Tamise. On ne saura pas comment Imhotep s'est retrouvé entre les mains du professeur Bowell. L'histoire d'amour n'est pas expliquée. Le récit se prend à la fois trop au sérieux et pas assez. Comme si les auteurs n'avaient pas su choisir entre humour, action et poésie, alors qu'il y avait vraiment ici matière à faire une petite pépite. L'ensemble ne décolle jamais alors que les actions s'enchaînent et les émotions restent dans le sarcophage.

La fille du professeur, de Sfar & Guibert - page 5
Par contre, les dessins et les couleurs d'Emmanuel Guibert m'ont charmée. Les tons sépia et le camaïeu de gris rendent merveilleusement l'ambiance surannée qui colle parfaitement à l'époque victorienne. L'ensemble véhicule une poésie indéniable, qui ne trouve malheureusement pas son écho dans le récit. Le découpage de chaque planche en six cases identiques n'apporte aucune monotonie mais un petit côté classique et vieillot plutôt bien vu.


La fille du professeur, de Sfar & Guibert
Éditions Dupuis
Octobre 2003

12 juin 2017

Psycho killer [Anonyme]

Après la tétralogie du Livre sans nom, l'auteur anonyme revient avec un nouveau personnage, l'Iroquois.

L'histoire : Tout semble paisible à B Movie Hell, 3672 âmes. Jusqu'à ce qu'un individu masqué d'un crâne surmonté d'une crête rouge se mette à assassiner très tranquillement certains des habitants de la ville. Le FBI confie l'enquête à Milena Fonseca et Jack Munson, dit le Fantôme, deux spécialistes des opérations clandestines.

Mais bientôt des liens apparaissent entre cette terrifiante série de meurtres et un projet top secret du Département d'État. Les habitants de B Movie Hell sont bien résolus à mettre fin eux-mêmes et sans l'aide de personne à cette situation cauchemardesque...

Mon avis : Loesha l'a lu il y a peu et, après son billet et une discussion autour d'un verre, elle a su me convaincre de le sortir bien vite de ma PAL.

La saga du Bourbon Kid était jubilatoire, mais au quatrième tome, ça perdait de son mordant : on en savait trop sur ce personnage et tout semblait se terminer à la façon d'un conte de fée, la Bête transformée en prince grâce à sa princesse. Ici, avec l'Iroquois, adieu les vampires et autres créatures surnaturelles. On quitte Santa Mondega pour B Movie Hell. On comprend tout de suite que le roman sera passablement arrosé de références à des films plus ou moins bons mais tous des blockbusters américains archi-connus. Il est aussi beaucoup question des bandes originales de ces films et j'ai d'ailleurs terminé ma lecture avec "Time of my life" de Dirty Dancing dans la tête !


Comme tous les films dont il est ici question, c'est bien sûr une lecture à prendre au second degré, voire plus, car l'auteur ne fait pas dans le bon goût. Pour autant, l'intrigue est bien ficelée. Le lecteur comprend régulièrement qu'un élément de compréhension lui est caché et que sa révélation apportera un éclairage sur le but de l'Iroquois.
Une petite interrogation me reste encore, mais attention Spoiler :
Pourquoi Silvio Mellencamp s'en est-il pris à la famille de Devon Pincent et a-t-il gardé Bébé en vie ?
J'attends maintenant avec impatience de lire Le Pape, le Kid et l'Iroquois qui va mettre en présence ces deux anti-héros phares. Car j'ai adoré ce roman, si vous ne l'aviez pas compris !

"Ils vont nous tuer ! dit-elle. Ils sont nombreux et armés. Ils vont nous tuer.
 - Non, ils ne vont pas nous tuer. Mon premier plan est tombé à l'eau, c'est tout.
 - Oh, non. C'était quoi, le plan ?
 - Partir en courant et tuer tous ceux qui se trouvent sur notre chemin. Mais c'est impossible maintenant.
Bébé avait du mal à cacher son inquiétude. Elle savait de quoi Mak et ses hommes étaient capables.
 - Alors qu'est ce qu'on fait maintenant ?
 - Plan B.
 - C'est quoi, le plan B ?
 - On va sortir lentement et je vais tuer tout le monde." (p°347)

Psycho killer, d'Anonyme
Traduit par Cindy Kapen
Le livre de poche
Octobre 2014

09 juin 2017

Alien : Covenant, de Ridley Scott

Film américano-britannique de Ridley Scott, sorti le 10 mai 2017, avec Michael Fassbender, Katherine Waterston et Billy Crudup.

L'histoire : Les membres d’équipage du vaisseau Covenant, à destination d’une planète située au fin fond de notre galaxie, découvrent ce qu’ils pensent être un paradis encore intouché. Il s’agit en fait d’un monde sombre et dangereux, cachant une menace terrible. Ils vont tout tenter pour s’échapper.

Mon avis : Le précédent opus de la saga Alien date déjà de 5 ans ! Je n'aurais pas cru que cela faisait aussi longtemps que Prométheus était sorti. Si vous avez le courage de relire mon billet, vous comprendrez pourquoi je suis allée au cinéma avec beaucoup beaucoup de doutes quant à la qualité du film.

Alien : Covenant est moins pire que Prométheus. Une fois que ceci est dit, il n'en reste pas moins que c'est un film très très moyen.

Attention, spoilers sur ce qui va suivre !

Alors que les liens avec la fin de Prométheus sont plutôt habiles, des caractéristiques des personnages ne sont absolument pas travaillées et sont seulement annoncées et creuses, comme par exemple la foi du commandant, qui ne joue au final aucun rôle. Cela ne serait rien face à la crétinerie de certaines scènes, comme "bonjour, je débarque sur une planète alien, je vais faire des relevés biologiques, je vais faire pipi juste à côté, je me grille une cigarette qui a réussi à rester potable durant tout mon temps d'hibernation et de voyage" qui est peut être le summum avec le commandant qui se penche au dessus de l’œuf puisque David lui dit de le faire alors que trente secondes avant il lui pointait un fusil dessus pour avoir participer au meurtre d'un membre de l'équipage. La séquence, pourtant visuellement très belle, ede la destruction des créateurs des Hommes par David est scénaristiquement ridicule. Et certains retournements sont cousus de fil blanc, comme la personnalité réelle de David et l'échange David/Walter.

Autre aspect décevant, il n'y a pas assez de courses poursuites avec les méchantes bêbêtes. Le réalisateur se concentre trop sur des explications philosophiques de l'apparition des aliens et sur l'humanité de l'intelligence artificielle. Je comprends bien que la tétralogie originelle manquait singulièrement de liens entre chaque épisode et d'explications sur l'origine de l'alien. Mais donner au film la difficile mission d'apporter de la cohérence à l'ensemble de la saga est peut être mission impossible : cela frustre les amateurs d'action pure et perturbe les fans de la première heure.

Un troisième opus de ces préquels serait-il à craindre ? C'est bien possible car je trouve qu'il manque encore du liant entre la fin de Covenant et la situation initiale du 8e passager. Peut-être encore un terrain à explorer pour Ridley Scott, qui à 80 ans, semble attaché à cet univers qu'il avait reçu en commande en 1979.

07 juin 2017

Dix de der [Comès]

L'auteur : Didier Comès, né en décembre 1942 et mort en mars 2013 était un auteur belge de bande dessinée. Dix de der fut son dernier album, publié en 2006.

L'histoire : Décembre 1944, quelque part dans les Ardennes belges, lors de la grande offensive des armées d’Hitler. Au pied d’un calvaire mutilé par les bombardements alliés, au fond d’un cratère d’obus, un très jeune soldat totalement inexpérimenté, tout juste arrivé d’Angleterre, découvre qu’il n’est pas seul dans ce lieu désolé, ouvert à tous les dangers. Trois fantômes l’habitent déjà : deux tués de la guerre de 14, un Français et un Allemand, flanqués d’un ancien alcoolique morts d’une cirrhose du foie entre les deux guerres. Sous l’œil de corbeaux ironiques et insolents, cet improbable trio s’est lancé dans une partie de partie de belote dantesque, à laquelle il manque désespérément un quatrième joueur…

Mon avis : Je vais être franche, Comès, je ne connaissais pas. Il semble qu’il était un maître dans l’art du noir et blanc en bande dessinée. Et avec Dix de der sous les yeux, c’est une évidence.

Le titre fait autant référence à cette partie de belote que les fantômes jouent qu’au surnom de la Première guerre Mondiale. Comès traite pourtant bien des deux guerres, puisque « Le Bleu », jeune soldat américain fraîchement débarqué et entouré de vétérans pour le guider, se retrouve à faire une guerre de tranchée en plein dans les Ardennes belges. N’aurait-il pas précocement perdu la boule qu’il se met à discuter avec des morts ?

Ici, pas de bons et de méchants, pas de héros et de lâches, juste des hommes face à face. Les Ardennes, c’est une région qui manie aussi bien la langue de Goethe que celle de Voltaire, en fonction des périodes. Alors forcément, sur ces terres, les hommes sont loin du manichéisme classique. Car le dindon de la farce c’est toujours l’homme qui va au casse-pipe, qui perd sa vie stupidement : en soldat ou en simple victime collatérale.

Malgré ce sujet grave, cet album n’est pas sans humour, cynique, et une forme de légèreté dans le propos, peut être afin de mieux rendre l’absurdité de ces guerres qu’on trouve toujours moyen de justifier et qui font prendre les êtres humains pour de simples pions sur un échiquier. Bizarrement, Comès n’appuie pas particulièrement sur le commandement militaire, préférant, par le biais de deux corbeaux, animaux charognards, tirer à boulets rouges sur la religion.

Dix de der, de Comès - Planche 30
Les scènes, dessinées en noir et blanc donc, sont d’une profondeur inouïe. Certaines sans parole en disent parfois plus que les mots eux-mêmes. C'est tragique et malheureusement terriblement humain.


Dix de der, de Comès
Éditions Casterman
Octobre 2006

05 juin 2017

Coyote [Colin Winnette]

L'auteur : Colin Winnette est un écrivain et poète américain.

L'histoire : Quelque part au coeur de l'Amérique, dans une bicoque isolée, des parents couchent leur fillette de trois ans, comme tous les soirs. Le lendemain matin, ils trouvent un lit vide. La petite a disparu sans laisser de traces. La mère raconte les jours qui ont suivi : les plateaux télé sur lesquels ils se rendent, avec son mari, pour crier leur désespoir, l'enquête des policiers, puis le silence, l'oublie. Mais la mère dit-elle toute la vérité ?

Mon avis : Ce court roman de moins de 150 pages n'en est pas moins fort et dérangeant. Le décor n’a que peu d’importance : on ne sait pas vraiment où cela se passe, les personnages ne sont pas nommés, à l’exception de la petite fille dont, une fois seulement, nous saurons le prénom. C’est surtout à la descente aux enfers d’une femme à qui on a arraché son enfant qu’on assiste. C’est sa voix qui rythme la narration, choisissant les flashbacks, choisissant de se focaliser sur un événement ou un détail précis, avec ou sans sa fille.

Des chapitres très courts, parfois de moins d'une page, donnent beaucoup de rythme et font d'autant plus monter l'inquiétude. Ce n’est pas tellement ce qui est dit qui est important que ce qui se devine, insidieusement, entre les lignes, dans les non-dits et le malaise qui va gagner le lecteur, déjà alerté dès le commencement par une distance assez froide dans la façon de raconter la disparition. La narratrice occulte totalement la folie qui la gagne. Son comportement d’abord compréhensible face à un tel drame dérive petit à petit vers quelque chose de plus perturbant, de plus angoissant. On remet en cause sa santé mentale tant elle semble ravagée par la douleur de la perte de son enfant, sans aucune explication. Au point peut être de remettre aussi en cause les faits qu'elle nous raconte ? En tout cas, je me suis posée la question à la fin de ma lecture, tant les dernières pages peuvent être soumises à interprétation.

Une plongée dans la folie qui marque forcément !

Coyote, de Colin Winnette
Traduit par Sarah Gurcel
Éditions Denoël
Avril 2017