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02 décembre 2016

Pilules bleues [Frederik Peeters]

L'auteur : Frederik Peeters est un dessinateur et scénariste suisse de bande dessinée né en août 1974 à Genève. Pilules bleues est un récit autobiographique.

L'histoire : Frederik Peeters parle de sa vie. Ses rencontres avec Cati, jeune fille qu'il trouve attirante, mais qui lui reste inaccessible.

Lors d'un réveillon, il apprend que son mari vient de la quitter. De fil en aiguille, ils en viennent au point où se pose la question de sortir ensemble. Mais, car il y a un mais, Cati est séropositive, ainsi que son fils.

Au fil des pages, l'auteur nous raconte sa vie, son couple, ses relations avec le fils de Cati, ses émotions aussi, ses joies et ses peurs, ses réflexions.

Mon avis : Comment vivre une histoire d'amour quand le partenaire est séropositif ? Comme trouver l'insouciance qui berce les moments les plus tendres, les élans spontanées ? À travers son autobiographie et sa rencontre avec Cati, une jeune femme dont la rencontre sonne comme une évidence, de "ces gens familiers à la première rencontre", Frederik Peeters lève le voile sur une relation où la tendresse et le désir de l'autre le dispute au doute et à la crainte de la contamination. Avec pudeur mais sans rien cacher, l'auteur montre les questions qui se mettent à vous ronger d'un seul coup : comment avoir des relations sexuelles, comment affronter le regard de l'autre, comment vivre simplement sans se morfondre ? Au centre de tout, l'importance d'une hygiène et d'une vigilance irréprochables qui permettent de vivre tout de même cette histoire d'amour.

L'injustice est là, bien sûr, surtout dans le regard du Petit, le fils de Cati, cet enfant qui ne connaitra toute sa vie que la vie avec la maladie, partie intégrante de lui et de ce qu'il est. L'auteur aborde d'ailleurs au passage la construction du lien avec cet enfant qui n'est pas le sien, les débuts d'une relation beau-père/fils. Et bien sûr, la magie de ce couple dont la relation est forcément basée sur une totale franchise entre les deux partenaires. La sincérité transparait de leurs échanges, rien n'est caché, sans pour autant verser dans l'exhibitionnisme. Franchise rendue nécessaire mais qui fait au final leur force sans pareille.

Le dessin, en noir et blanc, avec un trait épais et appuyé, ne m'a pas plu au premier abord. Mais il véhicule une vraie empathie, qui accompagne le lecteur au cœur du récit et le touche forcément.

Une belle découverte, tout en simplicité, justesse et retenue.

Pilules bleues, de Frederik Peeters
Atrabile Éditions
Novembre 2001

30 novembre 2016

Fleurs #40


Fleurs offertes le 16/11/2016

28 novembre 2016

Vango, tome 1 : entre ciel et terre [Timothée de Fombelle]

L'auteur : Timothée de Fombelle est né en 1976 à Paris. Il écrit aussi bien des romans que des pièces de théâtre.

L'histoire : Au début du siècle dernier, Vango grandit à l'écart du monde, dans les îles Éoliennes, au large de la Sicile. À dix ans, il découvre un monastère secret dont les moines deviennent sa famille. Il traverse l'Atlantique sur le Graf Zeppelin. Il entre au séminaire à Paris. Mais Vango s'est toujours senti traqué par des puissances mystérieuses. Alors qu'il doit être ordonné prêtre, une course-poursuite s'engage avec la police sur le parvis de Notre-Dame. De quel crime l'accuse-t-on ? Tandis qu'enfle le bruit de la guerre, Vango cherche sa vérité, et son histoire contient toutes les aventures.

Mon avis : Autant vous donner le ton tout de suite : j'ai absolument tout aimé dans ce premier tome des aventures de Vango. Tout !

Classé parfois dans la catégorie littérature de jeunesse, peut être simplement parce qu'on suit un jeune homme de moins de 20 ans, je craignais une histoire et un style un peu trop enfantin. Pas du tout. Timothée de Fombelle réussit ici l'exploit de me faire ressentir à nouveau mes émois de jeune fille à la lecture d'un roman d'aventures, tout en attrapant mon esprit adulte. Les personnages sont intrigants, en commençant par Vango qui sait si peu de choses sur lui-même. La persécution dont il est l'objet sera certainement l'occasion d'en découvrir plus sur son passé et son histoire. Mais tous ceux qui l'entourent sont également intéressants : Ethel, cette jeune fille amoureuse pleine de passion ; La Taupe qui utilise sa claustrophobie ; Zefiro, le moine à la tête d'un monastère invisible... Même les méchants sont captivants !

Quant à l'histoire, c'est celle d'une course poursuite folle, du début jusqu'à la fin. Pourquoi ? Les morceaux de voile se lèvent au fur et à mesure. Le lecteur est surpris, alors que le héros virevolte, sautille de ville en ville, de lieu en lieu, pourchassé par des ombres. Mais qui sont-elles ? Et comment font-elles pour le retrouver tout le temps, lui, cet enfant qui est pourtant passé maître dans l'art de disparaître ?

Tout ce petit monde est construit avec un style doux et plein de poésie, qui n'entame en rien le sentiment aventureux au cœur de l'intrigue. Timothée de Fombelle a eu le chic pour m'emporter dès les premières pages, m'attacher complètement à mon livre, avide d'en savoir toujours plus. Il construit tout avec minutie, tous les éléments s'entrelacent avec brio. On sent chez l'auteur un bonheur tel à construit son histoire qu'on ne peut que prendre beaucoup de plaisir à cette lecture. Plaisir d'autant plus grand encore que j'ai appris des choses : que l'Empire State Building avait une antenne pour permettre l'amarrage de dirigeables ; la signification exacte de l'abréviation Gestapo ; ...

Un roman passionnant vous l'aurez compris, pour tous les âges. Un coup de cœur pour moi. Je n'ai pour terminer qu'une seule chose à dire : dites Folio, c'est pour quand le second tome ? C'est que je veux connaître le fin mot de l'histoire moi !

Vango, tome 1 : entre ciel et terre, de Timothée de Fombelle
Folio
Septembre 2016

25 novembre 2016

BD Express #3

Pico Bogue tome 3 : Question d'équilibre et Pico Bogue tome 4 : Pico Love, de Dormal et Roques

Après le tome 2, je poursuis la série avec ce tome 3. Je trouve Pico et Ana Ana encore plus attachants ici. Moins de grandes phrases philosophiques, peut-être. Juste quelques réflexions si justement trouvées et qu'on n'attend absolument pas dans la bouche d'un enfant. 

Ici, Pico ose aussi avec impertinence des répliques vraiment drôles. Les pages se tournent, les sketchs s'enchaînent sans qu'on s'en rende compte, et la fin de l'album arrive bien trop vite. Ça se savoure avec toujours autant de plaisir. Je continue donc de conseiller ! 

Pico Bogue, Biscuits (clic pour voir plus grand)


J'ai enchaîné très vite avec le tome 4, que j'ai un peu moins apprécié. Je l'ai trouvé moins drôle, moins percutant. Quelques anecdotes autour d'une demoiselle qui semble mettre en émoi notre jeune héros ne suffisent pas à traiter de l'amour de façon aussi juste que Dormal et Roques nous ont habitués à le faire. Une petite baisse donc sur ce tome-ci, qui ne m'empêchera pas de lire les autres, même si je vais laisser passer un peu de temps.



Pico Bogue, de Dormal et Roques
Dargaud


Jimmy Corrigan, de Chris Ware

Chris Ware est souvent présenté comme un génie de la bande dessinée, ou plutôt ici du roman graphique. Il a attiré mon attention avec Building stories que j'espère découvrir un jour. Mais en tombant à la bibliothèque sur Jimmy Corrigan, album qui a remporté des prix prestigieux et a largement été salué par la critique.

L'objet lui même est particulier, que ce soit dans son format ou dans le graphisme et l'orientation des planches et des cases. Sans être fan, j'aurais pu me laisser embarquer, si ce n'était la narration totalement décousue. J'ai cru comprendre, en cherchant un peu sur internet, qu'en fait on remonte le temps pour retrouver les origines de la famille de Jimmy. Jimmy apparait dès les premières cases comme vieux alors qu'il est enfant. Entre son père et lui, on dirait presque des jumeaux, alors quand en plus l'auteur met en case le père jeune, on ne sait plus qui est qui.

Et comme en plus le personnage, peu sociable et attachant, ne me plait pas plus que ça, j'ai laissé tomber !
Planche de Jimmy Corrigan, de Chris Ware
Jimmy Corrigan, Chris Ware
Delcourt

Deadline, de Bollée & Rossi

L'histoire : Camp d’Anderson, Georgie, août 1864. Dans cette gigantesque prison à ciel ouvert, alors que la guerre de Sécession fait rage, le monde se divise en deux catégories : les geôliers sudistes et les captifs nordistes. Entre les deux, la deadline. Le prisonnier qui franchit cette ligne gagne un aller simple pour l’enfer. Parmi eux, un soldat noir au calme insolent, le regard fier, intrigue le jeune confédéré Louis Paugham, affecté à la surveillance du camp…

Mon avis : C'est Lelf qui m'a donné envie d'emprunter cet album à la bibliothèque. Elle trouvait que l'importance du sentiment homosexuel dans l'histoire apportait du renouveau à quelque chose pour le reste assez classique. Je suis d'accord avec elle, même si en même temps ça donne un récit plutôt bancal : on ne détaille pas assez ce que c'est qu'être homosexuel à cet époque aux États-Unis, tout en ayant par ailleurs peu d'originalité. Et puis tout ça ne tient guère la route : le héros subit beaucoup les événements, allant de malheur en galère, et son coup de foudre pour un prisonnier n'est pas crédible. Par contre, tout cela montre parfaitement que cette nation s'est construite dans la douleur, dans le sang, et que tout ça n'est peut être toujours pas digéré, comme le montre ce Paugham qui n'est poussé que par la vengeance. Le graphisme n'étant pas à mon goût non plus, je ne suis pas vraiment convaincue.

Deadline, de Bollée & Rossi
Glénat

23 novembre 2016

Vitrines et Sapin de Noël 2016 des Grands magasins

Ouf, dites donc, cette année, j'ai failli oublier d'aller voir les vitrines de Noël des grands magasins parisiens ! J'ai eu un éclair de mémoire alors que je zappais complètement cet événement que j'attends pourtant d'habitude. Bref. J'ai donc fait un saut pas plus tard qu'hier boulevard Haussmann pour regarder ce que le Printemps et les Galeries Lafayette avaient bien pour nous concocter pour cette année 2016. Comme à chaque fois, n'oubliez pas qu'un clic sur l'image vous permet de la voir en plus grand.

Commençons par le Printemps. Grosse déception cette année. Les vitrines sont à nouveau interactives, ce qui amuse beaucoup les plus grands mais n'amène guère à rêver à mon goût. Le thème est "Rêve de Noël au Printemps" : deux enfants explorent de nuit le grand magasin.

Balade lunaire - Vitrine de Noël 2016 au Printemps

Le cabaret imaginaire - Vitrine de Noël 2016 au Printemps

Les élégantes demoiselles - Vitrine de Noël 2016 au Printemps

Un bon point pour les vitrines colorées (on verra plus tard que c'est un point négatif aux Galeries Lafayette) mais que de placement de produits ! Les marques auraient-elles largement payé pour figurer en bonne place dans ces vitrines ? On peut se poser la question. J'ai vraiment l'impression qu'on bombarde de plus en plus les enfants avec des marques histoire d'en faire de bons petits moutons consommant et ça m'agace vous n'imaginez pas à quel point ! Pas d'unité d'une vitrine à l'autre. Le Printemps réussit l'exploit de proposer la vitrine la plus moche avec le Cabaret imaginaire mais aussi la plus belle avec Le petit rock de nuit qui est plein de joie et de tendresse.


La fabrique de gouter - Vitrine de Noël 2016 au Printemps

Le petit rock de nuit - Vitrine de Noël 2016 au Printemps
Direction ensuite les Galeries Lafayette. On commence par le gros et grand sapin pour lequel je suis assez mitigée. Je le trouve vraiment très original, en relation parfaite avec les vitrines proposées à l'extérieur et avec une étoile géante au somment impressionnante. Elle se détache d'ailleurs parfaitement sur la magnifique coupole qui décidément d'année en année continue de m'émerveiller. Par contre, et cela vaut aussi pour les vitrines, tout ce blanc manque forcément de couleurs, et donc de peps et d'énergie. 

Grand sapin 2016 des Galeries Lafayette

Étoile au sommet du grand sapin 2016 des Galeries Lafayette

Le thème cette année : les Galeries se transforment en banquise sur laquelle une famille d'ours polaires s'amusent, s'agitent, dansent et jouent. les vitrines sont l’œuvre de l'artiste Lorenzo Papace. Elle sont pleines de poésie et de douceur, ce qui fait du bien. Un vrai lien existe de l'une à l'autre. On retrouve aussi le placement de produit, un par vitrine, mais fait un peu plus discrètement qu'au Printemps. Mais toute cette blancheur, éclatante pourtant, finit par renvoyer une vraie impression glacée qui manque à mon goût de chaleur, ce qu'on s'attend à trouver dans ces vitrines. Un petit bémol donc mais des vitrines mémorables tout de même.

Le grand escalier - Vitrine de Noël 2016 des Galeries Lafayette

Les ours sont chics - Vitrine de Noël 2016 des Galeries Lafayette

Repas de Noël - Vitrine de Noël 2016 des Galeries Lafayette

Les trésors cachés - Vitrine de Noël 2016 des Galeries Lafayette

Voyage en téléphérique - Vitrine de Noël 2016 des Galeries Lafayette

21 novembre 2016

Cinq heures vingt-cinq [Agatha Christie]

Et une nouvelle lecture d'un Agatha Christie pour se détendre entre deux lectures plus conséquentes. Cette fois-ci, après Le major parlait trop, je me suis tournée vers Cinq heures vingt-vinq.

L'histoire : A cinq heures vingt-cinq, une table tournante a annoncé l'assassinat du capitaine Trevelyan, un vieux célibataire misogyne et quelque peu excentrique. Et ce doit être vers cette heure-là, en effet, selon le médecin qui examine le corps, que le capitaine a été assommé... Ce n'est toutefois qu'un des mystères que devra affronter l'inspecteur Narracott. Que penser de ces deux dames d'Afrique du Sud, venues tout exprès s'exiler dans cette région de Dartmoor, enneigée par un hiver rigoureux ? De ce neveu et héritier de la victime, qui, le jour même, avait pris pension à l'auberge voisine ? C'est la fiancée de ce dernier, une jeune fille énergique, qui, pour le tirer d'un mauvais pas, va mener sa propre enquête, en collaboration avec un journaliste. Quitte à en remontrer au détective officiel...

Mon avis : Un roman d'Agatha Christie maintenant, je ne lis même plus sa quatrième de couverture. Je lui fait quitter l'étagère en m'assurant seulement que je ne l'ai pas déjà lu. Je ne connais donc pas du tout l'histoire, ni l’enquêteur lorsque j'ai commencé celui-ci. Allez savoir pourquoi, j'étais persuadée pendant toute mal lecture que j'allais y retrouver Hercule Poirot. Sauf qu'en fait, pas du tout :)

Ça c'était pour la petite histoire. Passons maintenant au cœur du sujet : comment était cette lecture ? Ma foi plutôt divertissante. D'abord par le décor planté : le Dartmoor sous la neige. Pour avoir visité cette région en plein été, elle est déjà splendide. Alors l'imaginer couverte d'un blanc manteau fait juste rêver. 

Ensuite, l'enquête elle-même est plutôt habile. Je ne m'attendais pas à ce coupable. Encore une fois, j'ai donc été dupée par l'auteur qui sait si habilement jouer des indices pour mieux nous tromper. Car le mobile est posé dès le début en bien gros. J'avais bien trouvé ce détail étrange, mais je n'ai pas été capable d'en tirer les conclusions qui s'imposaient. La jeune héroïne ne s'en laisse pas compter et, en femme moderne, ce qui a du en choquer plus d'un à l'époque, ose questionner et défendre coute que coute son fiancé. Un peu mollasson le fiancé quand même. C'est d'ailleurs ce que je reprocherai à cette lecture : des personnages un peu trop caricaturaux : pas de demie mesure sur leurs caractères.

En bref, une lecture sympathique qui joue bien son rôle.


Cinq heures vingt-cinq, d'Agatha Christie
Traduit par
Le Masque pour Kindle
Juillet 2015

18 novembre 2016

Les pieds bandés [Li Kunwu]

L'auteur : Né en 1955 en Chine dans la province du Yunnan, Li Kunwu est manhuajia (ou dessinateur de manga chinois). Il s'est fait connaitre par ses dessins de presse.

L'histoire : Un one-shot sur la coutume chinoise des pieds bandés. Ce récit raconte comment une jeune fille, Chun Xiou, est forcée de se bander les pieds suivant la tradition, et la torture que cela représente. Mais le calvaire ne s’arrête pas là, car avec la révolution elle va devoir supporter la pression d’une nouvelle société qui rejette toutes ses anciennes coutumes.

Mon avis : Faire souffrir une petite fille pour qu'une fois devenue femme elle puisse espérer un beau mariage ? Voici le pourquoi de la coutume des pieds bandés, pratiquée en Chine depuis le Xe siècle et abandonnée par la force, avec la révolution chinoise au XXe siècle. Pour répondre aux canons de beauté masculin, c'est à une vraie torture que ces enfants étaient soumises. Le dessin de Li Kunwu, torturé justement, est un vrai écho à ce qu'elles subissent. Même si effectivement les visages en deviennent difficilement reconnaissables par moment...

Planche Les pieds bandés de Li Kunwu
Chunxiu subit cette atrocité dans son enfance et a ainsi toutes les chances de faire un beau mariage... sauf que la révolution chinoise passe par là et abolit toutes ces coutumes féodales, ruinant tous les espoirs de la belle jeune fille. Qui se retrouve mutilée pour rien, contrainte à la servitude à nouveau par la cruauté des hommes. Et sera la nounou de l'auteur, qui porte loin sa voix et ses douleurs. Sans mélo, avec la distance qu'il faut pour convaincre et émouvoir le lecteur.

Un récit très instructif qui nous fait réfléchir sur le dictat de la mode et ce qu'on impose à notre corps.

C'est Canel qui m'a donné envie de découvrir ce manga avec son billet dont je partage totalement l'avis.

Les pieds bandés, de Li Kunwu
Traduit par An Ning
Kana
Mars 2013

16 novembre 2016

Des mille et une façons de quitter la Moldavie [Vladimir Lortchenkov]

L'auteur : Né en février 1979, Vladimir Lortchenkov est un auteur moldave de langue russe, vivant désormais au Canada.

L'histoire : La Moldavie, on l'aime ou on la quitte.

À Larga, petit village misérable où ne poussent guère que des trognons de choux, les habitants caressent tous cette idée merveilleuse : émigrer. Leur paradis terrestre ? L'Italie, où les attendent prospérité et brunes incendiaires. Pour ce faire, rien n'est trop cher, ni trop fou : vendre un rein, transformer un tracteur en sous-marin, organiser une croisade religieuse ou apprendre le curling afin de décrocher un visa d'équipe nationale. Tout plutôt que de renoncer.

Et si la change souriait aux audacieux ?

Mon avis : C'est la librairie Scylla qui m'a recommandé ce roman lorsque j'ai demandé à découvrir une parution Mirobole un peu farfelue et qui ne soit pas un roman policier. Je savais que je prenais un risque : le farfelu et moi, des fois ça peut faire de très belles rencontres, mais souvent ça fait de jolis flops. C'est malheureusement le cas ici.

Pourtant, ma lecture avait bien commencée ! D'abord parce qu'on découvre ici ce petit pays si méconnu de l'est de l'Europe, le plus pauvre aussi. Les conditions de vie y sont difficiles et les terres peu enclines à donner de quoi survivre aux hommes, même prêts à se contenter de peu. Ensuite parce qu'on s'attache vite aux envies d'Italie de ces hommes qui ne manquent pas d'ingéniosité pour trouver un moyen de s'exiler. Leurs tentatives sont toutes effectivement plus farfelues les unes que les autres. Ce qui est amusant... au début.

Car la narration un peu décousue a fini par me lasser. On passe d'un personnage à un autre, avant de revenir au premier, des années plus tard. Cette fois encore je me suis heurtée à ce problème de dilution du temps, qui me pose souci. Quand on suit une histoire, que l'auteur écrit plusieurs pages sur quelques jours et que quelques pages plus tard on comprend que 10 ans ont passé. Ça me gêne vraiment dans ma lecture et c'est ce qui s'est passé ici. Et ça gêne à la fois pour rigoler franchement, mais aussi pour ressentir une vraie empathie.

Il y a des touches d'humour et de poésie, de la légèreté bien amenée malgré les sujets graves évoqués : situation politique de ce pays coincé entre Europe et ex-URSS, volonté d'exode qui fait forcément écho aux migrants qui occupent aujourd'hui notre actualité, . Mais je n'ai pas vraiment adhéré.

Des mille et une façons de quitter la Moldavie, de Vladimir Lortchenkov
Traduit par Raphaëlle Pache
Pocket
Septembre 2015