ShareThis

30 octobre 2014

Le puits [Iván Repila]

L'auteur : Iván Repila, né en 1978, est un auteur espagnol, après avoir longtemps travaillé dans la publicité et l'édition. Il signe avec Le puits son premier roman.

L'histoire : Deux frères, le Grand et le Petit, sont prisonniers au fond d'un puits de terre, au milieu d'une forêt. Ils tentent de s'échapper, sans succès. Les loups, la soif, les pluies torrentielles : ils survivent à tous les dangers. À leurs côtés, un sac de victuailles donné par la mère, mais ils ont interdiction d'y toucher. Jour après jour, le Petit s'affaiblit. S'il doit sauver son frère, le Grand doit risquer sa vie. Le Petit sortira-t-il ? Le Grand survivra-t-il ? Comment surtout se sont-ils retrouvés là ?

Mon avis : Il me semble qu’il y a beaucoup de choses dans ce petit roman d’une centaine de pages. En décortiquant l’essence même de l’humanité, Ivan Repila ne pouvait proposer qu’une œuvre à la fois simple et riche. Je crains du coup d’avoir été quelque peu noyée sous cette richesse : ce qui fait l’humain, la force de l’esprit, celle de l’amour, la vengeance comme moteur ultime de survie. L'humain est tellement complexe.

Le récit est raconté comme un conte : directement centré sur les personnages principaux, sans prénom ni nom propre, lieu géographique ou date, cette histoire se veut universelle. Et bien sûr, le merveilleux est là. Le Grand et le Petit sont au fond du puits. Pourquoi et comment ? Ces premières questions qui taraudent le lecteur ne sont pas le propos. Et les tentatives pour sortir du puits ont toutes échouées. La survie s’organise, les jours succèdent aux nuits. Les corps puis les esprits se dégradent. Quand donc passeront-ils la frontière qui distingue l’Homme de l’Animal ? Quand s’avoueront-ils brisés et lâcheront-ils prise ? Ce n’est pas individuellement qu’ils restent des êtres humains, mais plus par leurs interactions, par le regard de l'autre : l’amour fraternel en sauveur de l’humanité.

Heureusement de courte durée, la lecture est éprouvante. Car l’écriture de Repila retranscrit parfaitement ce que les corps et les esprits des deux protagonistes subissent, mettant le lecteur à rude épreuve. Un sentiment de malaise ne le quitte pas, s’ajoutant aux thèmes très sombres de l’histoire. Seule la fin suggère une petite lueur d’espoir.

Où comment un homme peut être à la fois source du meilleur comme du pire…

Merci aux éditions Denoël pour ce titre si particulier.

Le puits, de Iván Repila
Traduit par Margot Nguyen Béraud
Denoël
Septembre 2014

27 octobre 2014

Trente-six chandelles [Marie-Sabine Roger]

Après son roman Bon rétablissement, d'ailleurs adapté au cinéma avec Gérard Lanvin, voici le tout dernier Marie-Sabine Roger, sur lequel je me suis précipitée.

L'histoire : Allongé dans son lit en costume de deuil, ce 15 février, à l'heure de son anniversaire, Mortimer Decime attend sagement la mort car, depuis son arrière-grand-père, tous les hommes de sa famille sont décédés à onze heures du matin, le jour de leurs 36 ans.

La poisse serait-elle héréditaire, comme les oreilles décollées ? Y a-t-il un gène de la scoumoune ? Un chromosome du manque de pot ?

Que faire de sa vie, quand le chemin semble tout tracé à cause d'une malédiction familiale ?

Entre la saga tragique et hilarante des Decime, quelques personnages singuliers et attendrissants, une crêperie ambulante et une fille qui pleure sur un banc, on suit un Mortimer finalement résigné au pire.

Mais qui sait si le Destin et l'Amour, qui n'en sont pas à une blague près, en ont réellement terminé avec lui ?

Mon avis : J'ai l'impression de radoter à chaque billet que je rédige sur un roman de Marie-Sabine Roger. C'est que ses romans, malgré des thématiques différentes, sont tous identiquement des bulles de tendresse et de joie de vivre. C'est bourré d'humanité et d'émotion. Mortimer est un personnage un peu bizarre du fait de la malédiction qui pèse sur sa famille. Mais il est aussi terriblement attachant. Refusant de faire souffrir une femme et des enfants en les quittant inexorablement à son 36e anniversaire, il préfère se refuser toute vie de famille.

Le charme de la plume de Marie-Sabine Roger fait encore une fois mouche. Elle a le chic pour les tournures, parfois pleines d'humour, toujours justes et tendres, comme ces mots de la bouche de Mortimer pour décrire sa rencontre avec Jasmine :

"Il y a des jours, comme ça, qui changent en jour d'avant tous ceux qui ont précédé, et font des jours d'après de tous ceux qui suivront."

Et le soin tout particulier que l'auteur porte à ses personnages secondaires ajoute à la qualité de ce roman. Paquita et Nassardine forment un couple qui a du traverser son lot d'épreuves mais aime la vie comme peu ose le faire. Car la question est bien là : dans le temps qui nous est donné, qu'il soit connu ou non, que faisons-nous ? Le choix nous appartient de rester sur le bas-côté à regarder la vie passer ou de la croquer à pleine dent et d'oser.

En cette période où la grisaille et le froid arrivent alors que nous n'avons quasiment pas eu d'été, ce roman vous tiendra chaud au cœur.

Trente-six chandelles, de Marie-Sabine Roger
Le Rouergue
Août 2014

24 octobre 2014

Gone girl, de David Fincher

Film américain de David Fincher, sorti le 8 octobre 2014, avec Ben Affleck et Rosamund Pike.

L'histoire : A l’occasion de son cinquième anniversaire de mariage, Nick Dunne signale la disparition de sa femme, Amy. Sous la pression de la police et l’affolement des médias, l’image du couple modèle commence à s’effriter. Très vite, les mensonges de Nick et son étrange comportement amènent tout le monde à se poser la même question : a-t-il tué sa femme ?

Mon avis : J'avais beaucoup aimé le livre dont ce film est l'adaptation Les apparences de Gillian Flynn. Le nom de Fincher en réalisateur et une soirée solitaire en perspective m'ont décidée à tenter une séance cinéma. Je craignais cependant que le souvenir trop frais que je gardais du roman ne me gâche la projection. J'avais raison.

D'abord, je suis assez mitigée par la performance de Ben Affleck. Il est assez inexpressif. Cela pourrait presque coller au personnage de Nick, qui est un homme qui ne réagit jamais comme on l'attend : il sourit lors de la conférence de presse sur la disparition de sa femme, il dissimule... Presque, car le regard de Ben Affleck ne recèle aucun indice d'une profondeur cachée ou d'une maladresse touchante. Juste un regard vitreux. Rosamund Pike s'en sort bien mieux, plantant une épatante Amy terriblement vivante malgré sa disparition. Mais la voix off du film ne remplace pas le "je" du journal d'Amy dans le livre.

Le scénario tient par une construction basée sur des faux-semblants et une alternance dans l'ambiance tantôt émouvante d'un couple qui se rencontre et tantôt glaciale de ce même couple qui se déchire. Sauf que, en connaissant tous les tenants et les aboutissants de l'histoire, le spectateur perd énormément et s'ennuie quelque peu. L'effet de surprise ne fonctionne plus. L'intérêt revient lorsque le rapport de force entre madame et monsieur se ré-équilibre et que Nick contre-attaque, un peu trop faiblement d'ailleurs dans le film (je garde un souvenir d'un Nick plus fort dans le roman). On dissèque le couple, ses forces et ses faiblesses, l'autre qu'on croit connaître et aimer. Enfin, Fincher survole plutôt cet aspect là. Par contre, il croque bien davantage et bien mieux l'acharnement médiatique à condamner quelqu'un sans savoir, sur un malentendu ou une maladresse. L'invasion des média dans la sphère privée. Et au final ne reste que la perversité de toute une société.

En bref, j'ai un peu de mal à comprendre qu'on porte aux nues ce film. Certainement agréable pour ceux qui n'ont pas lu le livre, je ne suis pas sûre qu'il apporte grand chose pour les autres.

21 octobre 2014

Japantown [Barry Lancet]

L'auteur : Barry Lancet est un auteur américain. Japantown est son premier roman. Un deuxième, Tokyo kill, toujours avec le personnage de Jim Brodie, vient juste de sortir aux États-Unis. Les droits d'adaptation de Japantown ont déjà été achetés par la Warner.

L'histoire : À Japantown, quartier nippon de San Francisco, une famille japonaise est abattue dans une mise en scène macabre. Unique indice : un kanji dessiné sur la scène de crime...

Le soir même, la police fait appel à Jim Brodie, un expert spécialisé dans la culture et l'art asiatiques. Surtout, le kanji est le même que celui trouvé sur les lieux du meurtre de sa femme, six ans plus tôt. Prêt à tout pour rendre sa propre justice, Brodie se lance alors dans une enquête mortelle sur les traces d'une organisation de yakuza insaisissables, œuvrant à l'ombre des plus hautes sphères du pouvoir, de San Francisco à Tokyo...

Mon avis : Lors des premières pages, j'ai craint un thriller de facture un peu trop classique, pas forcément mauvais mais que rien ne démarquerait. Il faut dire que les ficelles du thriller à l'américaine pré-formaté pour une adaptation cinématographique sont bien là. Tout commence avec un coup de téléphone qui tire Jim Brodie de son travail de restauration sur une pièce d'antiquité. Son ami appartenant au SFPD lui demande son aide sur une affaire particulièrement glauque : en pleine nuit, une femme, son mari, leurs deux enfants et un garde du corps ont été abattus au milieu d'une rue. Personne n'a rien vu. Seul indice : un kanji qui rappelle à Brodie celui qu'il a pu voir, plusieurs années auparavant sur la scène de crime où sa femme a trouvé la mort.

Classique vous disais-je : un dur à cuire qui a perdu sa femme, détective privé avec des liens avec la police, une enquête qui trouve écho dans le passé du héro, une course contre la montre pour trouver les méchants avant de tomber sous leurs coups... L'originalité de Barry Lancet est de placer l'action à la fois en Californie et au Japon. Son héro a une double culture sino-américaine et entraîne le lecteur à sa suite dans les méandres du fonctionnement de la société japonaise, faite de faux-semblants. Cela associé à une histoire assez habilement construite suffit à faire tourner les pages au lecteur. J'ai découvert avec intérêt des pans entiers de l'histoire du Japon, des shôguns jusqu'à l'invasion de la Chine, en passant par les traditions culturelles et la construction des kenji.

Rien de grandement original donc, mais un polar tout à fait honnête qui distrait le lecteur. C'est déjà pas si mal.

Merci à Babelio et aux éditions Bragelonne pour ce partenariat.

Japantown, de Barry Lancet
Traduit par Olivier Debernard
Bragelonne
Octobre 2014

17 octobre 2014

Hospices de Beaune

Fronton des Hospices de Beaune

J'avais déjà visité les Hospices de Beaune, ou Hôtel-Dieu de Beaune, dans ma prime jeunesse. J'en gardais un souvenir fort et coloré. L'occasion s'est présentée de passer un weekend pas très loin et je n'ai pu résister à l'envie d'y faire un tour avec mon regard d'adulte. Cet édifice a été construit par Nicolas Rolin et son épouse Guigone de Salins. Rappelez-vous, nous avons déjà évoqué ici le chancelier du duc de Bourgogne, Nicolas Rolin, par le biais du tableau La Vierge au chancelier Rolin exposé au Louvre.

Cour de l'Hôtel-Dieu de Beaune

Ce qui marque en premier quand on pénètre dans la cour, ce sont les tuiles vernissées typiques de Bourgogne aux couleurs jaune, brun, rouge et vert. C'est parce que Beaune est un nœud important de communication dans l'empire bourguignon que le choix s'est porté sur cette ville pour édifier ce bâtiment et les premiers patients sont accueillis en 1452 : vieillards, malades, personnes perdus ou coincés sur leur chemin... beaucoup pouvaient y trouver refuge. Édifice également religieux, les riches de la cité pouvaient acheter leur salut par force dons qui participaient au bon fonctionnement de l'établissement, de même que la vigne qui permettait des ressources propres et des salines qui apportaient une rente annuelle. En 1459, Nicolas Rolin obtient la création de l'ordre des Sœurs hospitalières de Beaune, sœurs qui veilleront sur les pauvres confiés à leur garde.

Salle des Pôvres, et au fond, la chapelle
Tête de bourgeois sur la charpente

La salle la plus impressionnante est la salle des Pôvres, composée de 30 lits positionnés sur les murs sud et nord en file indienne. Au bout, se dresse la chapelle, rappelant en permanence la présence de Dieu aux malades. Elle était décorée avec le polyptyque du Jugement dernier de Rogier Van der Weyden, dont je vous parlerai une prochaine fois.La charpente est très colorée et décorée, notamment de têtes de bourgeois beaunois. Le carrelage présente le monogramme de Rolin et sa devise "Seule*", signifiant que sa femme Guigone était la seule dame de ses pensées.


Carrelage avec le monogramme de Nicolas Rolin. On distingue le n et le g

Pharmacie des hospices de Beaune

La pharmacie est également intéressante par les pots de faïence et de verre qu'elle expose, chacun bien étiquetés. Ils contenaient des produits encore aujourd'hui utilisés et d'autres un peu plus étonnants comme la poudre de castor.

Les hospices de Beaune ont été actifs jusque dans les années 1960.

Site des Hospices de Beaune : http://www.hospices-de-beaune.com/

Informations utiles :

Hospices de Beaune
Rue de l'Hôtel Dieu
21 200 Beaune
Tel : 03 80 24 45 00

13 octobre 2014

Abandon de lecture #2

L’armoire des robes oubliées de Riikka Pulkkinen

L'histoire : Alors que sa grand-mère Elsa se meurt d'un cancer foudroyant et que tous ses proches se rassemblent pour adoucir ses derniers jours, Anna découvre que, derrière le mariage apparemment heureux de ses grands-parents, se cache un drame qui a marqué à jamais tous les membres de sa famille.

Une vieille robe trouvée par hasard, et dont elle apprend qu'elle aurait appartenu à une certaine Eeva, va réveiller le passé. Cette Eeva, dont on ne lui a jamais parlé, aurait été, dans les années 60, la nourrice de sa mère. Mais Anna ne tarde pas à comprendre qu'elle a été beaucoup plus qu'une employée et que son grand-père, peintre célèbre, l'a profondément aimée...

Mon avis : Un roman dans lequel je n’ai pas réussi à me plonger. Un peu trop contemplatif et introspectif à mon goût et puis je n’ai pas accroché au style de l’auteur. D’où un manque d’intérêt pour les personnages et leurs destins.

Abandon à 28%

Black-Out (Blitz tome 1) de Connie Willis

L'histoire : Oxford, futur proche. L’université est définitivement dépoussiérée : historien est devenu un métier à haut risque. Car désormais, pour étudier le passé, il faut le vivre. Littéralement.

Michael Davies se prépare pour Pearl Harbor, Merope Ward est aux prises avec une volée d’enfants évacués en 1940, Polly Churchill sera vendeuse en plein coeur du Blitz, et le jeune Colin Templer irait n’importe où, n’importe quand, pour Polly…

Ils seront aux premières loges pour les épisodes les plus fascinants de la Seconde Guerre mondiale. Une aubaine pour des historiens, sauf que les bombes qui tombent sont bien réelles et une mort soudaine les guette à tout moment. Sans parler de ce sentiment grandissant que l’Histoire elle-même est en train de dérailler.

Et si, finalement, il était possible de changer le passé ?

Mon avis : Moi qui attendais tant de ce roman tellement apprécié sur la blogosphère, sans trop m’être penchée sur l’histoire, je suis déçue de ne pas avoir accroché. D’abord parce que le mélange Histoire et SF me plaisait. Ensuite parce que la période choisie, celle du Blitz, m’intéressait énormément. Seulement, j’ai été perdue dans le premier quart où l’auteur pose le concept de voyage temporel au service des historiens. Beaucoup de personnages dont on ne comprend pas vraiment les motivations et les relations les uns avec les autres ; un personnage qui semble central et qui est vecteur de chamboulement mais qui n’est que cité et jamais croisé ; un manque de fil conducteur.

On m’a conseillé de m’accrocher, que tout ferait sens une fois que tous les historiens seraient partis et coincés au milieu du Londres sous les bombardements. Je n’ai pas eu cette patience. Ceci dit, vu l’avis vraiment enthousiaste de certains lecteurs à qui je fais d’habitude assez confiance, je ne m’interdis pas de retenter cette lecture à un autre moment.

Abandon autour de 25%

09 octobre 2014

Les anges de New York [R.J. Ellory]

Lea touch Book a eu l'excellente idée de proposer un challenge Ellory, du 15 septembre au 15 octobre. J'avais bien sûr Les anges de New York dans ma PAL alors j'ai participé. Ma dernière lecture de l'auteur remontait à avant les grandes vacances avec la trilogie de nouvelles Chicagoland. Et au cours de ma lecture c'est Mauvaise étoile qui a rejoint ma PAL. Il y a toujours un Ellory qui m'attend !

L'histoire : Malgré l'avis de sa hiérarchie, Frank Parrish, inspecteur au NYPD, s'entête à enquêter sur le meurtre d'une adolescente, victime, pense-t-il, d'un tueur en série. Contraint de consulter une psychothérapeute après la mort de son partenaire, Frank va lui livrer l'histoire de son père, figure éminente des Anges de New York, ces flics d'élite qui, dans les années 1980, ont nettoyé Manhattan de la pègre et des gangs. Une histoire bien différente de la légende communément admise.

Mon avis : Autant le dire tout de suite, j’ai été un petit peu moins convaincue par ce roman-ci. Attention, cela ne veut pas dire qu’il est mauvais, loin de là ! Et je ne vous cache pas que je l’ai tout de même dévoré et que j’ai beaucoup apprécié.

Je n’ai pas été emportée par la partie historique relatant l’âge d’or de la mafia new-yorkaise. Elle n’était pas assez développée à mon goût et j’aurais aimé y plonger bien davantage. C’est d’habitude la force des romans de l’auteur que de mener en parallèle l’histoire actuelle et l’histoire passée pour les faire se réunir en fin de roman. Mais dans Les anges de New York, le récit se base essentiellement sur l’enquête à l’époque actuelle, qui est somme toute assez classique. Et il n’y a aucun lien entre l’histoire que Frank Parrish raconte à son psy et son enquête actuelle : juste un éclairage psychologique qui explique l’état d’esprit de l’inspecteur, que l’on sent au bout du rouleau.

Il faut dire que son enquête a de quoi en remuer plus d’un ! Des jeunes filles d’une quinzaine d’année sont retrouvées étranglées et violées avec des traces de drogue. Seuls liens : elles ont toutes fait un passage par l’équivalent de notre Aide Sociale à l’Enfance et elles sont bien coiffées et manucurées. Forcément, on pense alors à un tueur en série. En jouant avec les limites du système, Frank Parrish va tout faire pour confondre le coupable. Se rapprochant ainsi inexorablement de ce qu’était son père, qu’il déteste et dont le souvenir le hante.

La deuxième force des romans d’Ellory, c’est l’ambiance. Et là, le lecteur ne sera pas déçu. L’auteur nous offre une véritable plongée dans l’esprit de Frank Parrish, flic de 44 ans, qui tient ses rêves où des cadavres lui parlent éloignés grâce à l’alcool. Sa famille se décompose et le vide se fait autour de lui. Même au boulot où il est sous le coup d’une retenue sur salaire et où son permis lui a été retiré. Vous me direz que c’est l’archétype du flic américain, ce qui n’est pas faux. Mais le personnage est suffisamment fouillé et crédible pour que cela tienne et que le lecteur adhère et ressente de l’empathie pour lui. Par opposition à son père, il endosse le costume d’ange veillant sur la ville, mais les ailes sont lourdes à porter.

Bizarrement, malgré toutes les horreurs décrites, j’ai eu une furieuse envie de retourner à New York. Car le décor planté par Ellory est bien réel : j’ai déambulé dans la ville, couru les pâtés de maison, suis entrée dans les petits restaurants…

Au final, un bon roman bien noir, moins classique qu’il n’y paraît !

Les anges de New-York, de R.J. Ellory
Traduit par Fabrice Pointeau
Livre de poche
Septembre 2013

05 octobre 2014

Exposition : la mode des années 50

M'octroyant une pause déjeuner un peu plus longue que d'habitude, j'ai fait un saut au Palais Galliera pour visiter l'exposition sur la mode des années 50. Les photographies n'étant pas autorisées, juste pour une question de droit à l'image, les illustrations que vous trouverez ici sont toutes issues d'une recherche sur Internet. Du coup, elles ne mettent pas forcément en avant mes coups de cœur pour certaines créations. Un clic dessus en tout cas vous permettra de les voir en plus grand.

Affiche exposition La mode des années 50
À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, Christian Dior révolutionne la mode. Il propose des jupes amples et longues, une taille marquée, des épaules menues. Et dessine la silhouette de la femme des années 50.

À lui seul, Christian Dior représente 49% du chiffre d'affaires de l'exportation de la couture française. Les couturiers sont masculins et ils emprisonnent la femme dans cette silhouette. Ce n'est qu'à son retour en 1974, à 71 ans, que Gabrielle Chanel ira à l'encontre de cette domination et definira une silhouette androgyne avec son tailleur, silhouette qui annoncera le bouleversement de la décennie suivante. D'autant qu'avec l'avènement du prêt-à-porter, de nombreuses maisons de haute couture disparaissent : de 106 maisons en 1946, on n'en comptera plus que 36 en 1958.

La première salle expose des modèles de jour. Le manteau et la robe de jour témoignent d'une époque où la femme se changeait plusieurs fois dans la journée, en fonction des événements et occasions. Sa tenue revêtait une grande importance ; c'était un véritable langage en soi. Dans cette salle, j'ai eu un coup de coeur pour le Manteau automne-hiver 1953 de Grès, en lainage et angora imprimé, d'une coupe que je trouve tout à fait assumable de nos jours. La robe de Givenchy à motif petits pois printemps-été 1953 est rigolote et fait partie d'une collection qui tourne autour des légumes. Une petite alcôve expose les modèles été et bain, et j'ai aimé l'ensemble jupe et bustier de Lanvin-Castillo (1955) encore une fois très portable de nos jours.

Ensemble jupe et bustier Lanvin-Castillo vers 1955 (source : Glamourparis)

La deuxième salle présente les tenues de soirée et la magnifique robe bustier de tulle et dentelle grise de Dior (plus précisément une robe de bal de 1954). Une merveille de finesse et de simplicité. 

Robes de soirée (source : FranceInter) - à gauche, la robe Dior en tulle et dentelle de 1954

Les robes de soirée permettent aux couturiers d'exprimer leur génie et d'utiliser des tissus et accessoires luxueux. Les robes sont longues et mettent en scène le corps en travaillant le mouvement et en en accentuant le charme et la langueur. Les épaules nues sont une constante. Une estrade est réservée aux robes noires : couleur du deuil jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale, Chanel impose l'idée que le noir est une couleur qui sied particulièrement à la silhouette féminine, quelle qu'elle soit. La robe noire devient alors un incontournable du dressing.

Robes noires (source : La Dame de Pic)

Les tenues de soirée exposées mettent en valeur le travail des petites mains et des différences flagrantes de style apparaissent entre les créateurs : Fath a un côté exubérant et joyeux ; Heim est en général plus sobre.

Un couloir présente quelques éléments de lingerie, mais cela ne vaut pas l'exposition La mécanique des dessous au musée des Arts décoratifs. Je ne m'étendrai donc pas. Il mène à une salle exposant la robe de cocktail. À la fois robe de petit soir, robe de restaurant, robe de diner ou à danser... la robe de cocktail est une robe du soir, de longueur variable, qui est moins formelle, comme une robe d'après-midi en un peu plus chic. Elle est à la fois commode et élégante. Les accessoires permettent de cacher les épaules nues jusqu'à ce que l'heure de les montrer soit là. Elle disparaîtra au milieu des années 60, avant d'inspirer assez récemment à nouveau les couturiers.

Robes de cocktail (source : La Dame de Pic)

Des accessoires sont exposés dans chaque salle. On y note les grands gants, les petits chapeaux et les voilettes. Après les années 50, les femmes perdent l'habitude de porter des chapeaux dès qu'elles sortent, les réservant à certaines occasions uniquement. Au milieu des années 50, c'est aussi l'apparition du talon aiguille.

Une exposition vraiment intéressante et suffisamment documentée par de grands panneaux avant chaque salle. Ni trop ni trop peu, juste ce qu'il faut ; d'une qualité tout à fait correct pour quelqu'un qui, comme moi, s'intéresse au sujet sans être expert loin de là. Les robes sont bien visibles et il y a de la place pour circuler. Mais il est dommage de ne pas pouvoir prendre quelques photos juste pour des questions de droit.


Informations utiles :

Du 12 juillet au 2 novembre 2014
Du mardi au dimanche de 10h à 18h, nocturne le jeudi jusqu'à 21h

Palais Galliera
10 avenue Pierre 1er de Serbie
75116 Paris
Tel : 01.56.52.86.00

Tarif : 8€
Tarif réduit : 6€

Site du palais Galliera ici