ShareThis

14 juin 2012

Le pays des cerisiers [Fumiyo Kouno]

Je vous parlais de Foumiyo Kouno il n'y a pas très longtemps avec Une longue route. Je n'aurai donc guère attendu avant de me plonger dans son manga le plus connu.

L'histoire : Hiroshima, 1947. Comment vivre normalement, comme une jeune fille, en ayant été témoin de tant d'horreur ? C'est sur cette interrogation que l'on ouvre “le Pays des Cerisiers”, récit poignant et lyrique sur la nécessité de se reconstruire et de s'apercevoir que la vie vaut quand même la peine d'être vécue...

Mon avis : C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai retrouvé l’ambiance douce et mélancolique des dessins et des personnages de Fumiyo Kouno.
Dans ce one-shot, l’auteur entremêle 2 histoires. La première, « La ville de Yunagi », se déroule en 1955, 10 ans après la bombe à Hiroshima. Minami, une jeune femme vivant avec sa mère et travaillant dans un atelier de couture, essaie tant bien que mal de continuer à vivre. Si son père est mort lors du bombardement et sa petite sœur peut de temps après des conséquences de la bombe atomique, elle-même semble en pleine forme. En tant qu’hibakusha (personne ou descendant de personne ayant subie les radiations), il est difficile néanmoins de faire comme si de rien n’était. Elle est hantée par les souvenirs. La seconde, « Le pays des cerisiers », se déroule 30 ans plus tard. Le récit est centré sur Nanami, dont on ne comprend pas bien tout de suite sa relation avec Minami. Ce n’est que vers la fin qu’on comprendra que Nanami est sa nièce, la fille de ce jeune frère parti vivre à Tokyo. Jeune, elle n’est pas forcément consciente du poids de la bombe dans sa propre vie. Ce n’est que bien plus tard, de nos jours, qu’elle comprendra ce que cela représente pour toute sa famille.
Le contraste entre l’ambiance et le propos est assez saisissant. Et c’est une façon assez délicate d’évoquer le bombardement, plusieurs années après, par le biais de scènes de la vie quotidienne. De faire prendre conscience du poids de décisions militaires et stratégiques sur des civils qui n’avaient pas voix au chapitre. Comment ceux-ci ont-ils pu construire une vie après le drame ? Si le réflexe premier était celui de l’oubli, on se rend vite compte qu’un travail sur le devoir de mémoire est nécessaire pour aller au-delà.
J’ai vraiment beaucoup apprécié le dessin. Mais, j’ai par contre été très gênée par les sauts de narration. On passe parfois du coq à l’âne et il est difficile de se repérer dans l’histoire. Il n’en demeure pas moins que ce manga est une jolie ode à la vie, empreinte d’espoir malgré le drame raconté.

3 commentaires :

Alex Mot-à-Mots a dit…

Le titre est très beau, je ne m'attendais pas à un tel sujet.

Petite Fleur a dit…

Oui, ça surprend :-) Mais justement, c'est ce décalage douceur / horreur qui est assez marquant.

Loesha a dit…

Je l'ai enfin lu... Émouvant et plein de réflexion. En revanche comme toi j'ai trouvé la narration gênante, j'ai souvent été perdue entre les époques et les personnages. Dommage :(