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28 janvier 2014

Le faiseur d'histoire [Stephen Fry]

L'auteur : Stephen Fry, né en août 1957, est un britannique surtout connu pour son métier d’acteur et d’humoriste. Il est également réalisateur et auteur. Le faiseur d’histoire est son roman le plus controversé.

L'histoire : Michael Young écrit une thèse sur la jeunesse d’un sombre personnage : Adolf Hitler. Une rencontre sur un parking va changer le cours de sa vie. Et celui de l’histoire de l’humanité tout entière. Avec l’aide du professeur Leo Zuckermann, physicien, il va se lancer dans une entreprise un peu folle, mais ô combien noble : éviter au monde les années de dictature nazie, la guerre et l’horreur des camps d’extermination. Pour cela, c’est simple : des petites pilules. Plutôt que d’essayer de tuer le Führer, tous deux vont s’assurer que ses parents ne puissent jamais mettre d’enfant au monde. Et le plan fonctionne. Pour Michael, qui revient à lui dans ce nouveau monde avec ses anciens souvenirs, la transition va être un peu abrupte. Le monde a changé. Pas forcément comme il l’espérait d’ailleurs.

Mon avis : Voici un roman commencé un peu par hasard. C’est Loesha qui m’a proposé de le sortir de ma PAL pour en faire une lecture commune. Je l’ai sorti, donc, mais n’ai pas pris la peine de lire la quatrième de couverture. Je ne savais donc pas de quoi il était question lorsque je l’ai ouvert. Et puis, comme beaucoup de bloggeuses qui l’ont déjà lu, si je connaissais l’acteur et humoriste, je ne savais pas que le bonhomme avait fait des incursions dans la littérature, et a fortiori dans la science-fiction. Surprise totale donc, qu’il s’agisse bien du Stephen Fry qu’on a l’habitude de voir faire le pitre avec Hugh Laurie.

L’intrigue n’est pas vraiment originale : je ne doute pas que d’autres auteurs y ont déjà pensé et j’ai moi-même songé au « Maître du Haut-Château » de P.K. Dick pour l’uchronie basée sur la Seconde Guerre mondiale. Ici, donc, un jeune étudiant anglais en histoire, prend comme sujet les jeunes années d'Adof Hitler. En amenant sa thèse enfin terminée, il va rencontré un vieux scientifique que le drame de la Shoah dévore. Ensemble, ils ont une idée pour changer l'Histoire.

Ce roman, je l'ai lu rapidement, pour les plus de 600 pages qu’il fait, utilisant le moindre moment disponible pour me plonger dedans. Les adeptes de SF y trouveront un début un peu laborieux, bien que nécessaire pour poser l’ambiance et le style, mais aussi une uchronie bien menée. Notamment dans la construction du récit où les première et deuxième parties se répondent par le biais de chapitres alternant l’histoire de Michael et celle d’Hitler, ou de l’histoire parallèle qui aurait été si cet homme n’était pas né. Les personnes plus réticentes à ce genre de littérature trouveront ici un roman tout à fait abordable et agréable.

Ce qui fait le sel de ce roman, c'est déjà le ton employé par l’auteur. Il se moque gentiment de son personnage principal, en faisant un doux rêveur, éternel étudiant dans l’âme, assez lisse, qui ne cherche pas les histoires ou les aventures. Un bon pantouflard pourrait-on dire. Pourtant, son côté assez maladroit l’emporte dans diverses aventures racontées avec un humour typiquement britannique. Il en devient assez sympathique. L'humour est également présent dans la construction du récit. Fry passe par des chapitres écrits sur le mode d'un scénario, des extraits de la thèse peu académique dans sa rédaction. Enfin et surtout par le décalage à la fois entre les deux univers parallèles que Michael va parcourir et entre les sociétés britanniques et américaines.

Le problème majeur, car il faut bien qu'il y en ait un, tient à ce que ce roman est un écrit profondément britannique qui ne se prête guère à la traduction. Le livre est, notamment au début, bourré de noms et de références à la société anglaise, peu compréhensibles pour un étranger. De même, les mots et expressions en allemand ne sont pas traduits. Des explications de la part du traducteur aurait été les bienvenues, mais auraient passablement alourdi ce texte qui se veut avant tout léger. Comme je le disais, dans la deuxième partie du roman, Stephen Fry nous propose des comparaisons entre la société britannique et la société américaine, en provoquant de nombreux quiproquos. Mais, encore une fois, ces distinctions ne parleront pas forcément à un non-anglophone.

Cependant, à travers ces situations anodines et quotidiennes de la vie dans ce monde parallèle, Stephen Fry nous rappelle à la tolérance. Il nous parle également du poids de l'Histoire, de son importance dans la construction de notre monde actuel. Je retiens également l'inspiration qu'il a tirée des thèses de Daniel Goldhagen et  cette Historikerstreit que je ne connaissais pas.

A mettre facilement entre toutes les mains donc !

Une lecture commune avec Loesha.

9 commentaires :

keisha a dit…

J'adore ce genre d'histoires (d'accord, il y en a d'autres de la même catégorie SF), un bon souvenir de lecture!

Loesha a dit…

Tout comme toi je ne savais pas du tout à quoi m'attendre, car on doit avoir la même habitude de ne pas lire la quatrième de couverture de livres qu'on nous conseille.
Ma surprise n'en a été que meilleure ! Ce roman a été un vrai coup de coeur : j'ai adoré le style, l'histoire, les concepts sous-jacents... de la bonne SF accessible comme j'aime :)

En revanche il faut avouer qu'on doit perdre beaucoup de l'humour avec la traduction...

Lili a dit…

L'idée de base me plait beaucoup (même si, comme tu le dis, elle n'est sans doute pas nouvelle) et ton avis en rajoute une couche ! Je note !
(Pour ma part, le nom de l'auteur ne me disait même rien du tout. J'ai du le taper dans Google pour voir sa tête et me rappeler effectivement l'avoir vu dans quelques films. Mais je ne savais pas qu'il faisait le pitre avec Hugh Laurie! :D)

nymeria a dit…

Avis très sympa et détaillé, ça donne envie malgré les bémols ^^

Theoma a dit…

J'adore l'acteur. J'accroche moins avec l'auteur.

Alex Mot-à-Mots a dit…

A lire en VO, alors, si possible.

La chèvre grise a dit…

@ Keisha : oui, c'est vrai que ça se lit bien et c'est toujours intéressant de voir comment l'auteur s'approprie cette thématique de la modification de l'Histoire.

@ Loesha : je pense aussi. En même temps, je ne vois pas comment faire autrement, car je n'ai pas eu le sentiment que la traduction était mauvaise. Juste qu'il faudrait être anglo-saxon pour tout saisir.

@ Lili : je te rassure, je ne suis pas une grande connaisseuse du monsieur. Son nom me disait juste quelque chose et quand j'ai vu sa tête, elle me disait aussi quelque chose :-)

@ nyméria : à tenter je pense !

@ Alex Mot-à-Mots : je ne sais pas si c'est un problème de langue. Je pense que c'est plus un problème de culture. Je ne suis pas anglaise, je n'ai pas toutes leurs références culturelles. Tente en VO si tu le peux, et tu nous diras !

Manu a dit…

Comme Keisha, j'aime ce genre d'histoires, donc je ne peux que noter dans mon petit carnet :-)

La chèvre grise a dit…

@ Manu : Si tu es comme moi, vu le nombre de titres notés dans le "petit" carnet, faudrait peut être en prendre un grand, non ? ;-)