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23 mai 2016

Magies secrètes [Hervé Jubert]

L'auteur : Né en mars 1970, Hervé Jubert est un écrivain essentiellement jeunesse (mais pas que). Il a obtenu avec Magies secrètes le Grand Prix de l'Imaginaire 2013 catégorie Jeunesse.

L'histoire : L'empereur Obéron III, aidé du préfet Hoffmann, souhaite débarrasser Sequana des êtres féériques qui la peuplent. Georges Beauregard, ingénieur-mage au service du ministère des Affaires étranges, recueille toutefois certaines de ces créatures dans son hôtel particulier. C'est ainsi qu'il découvre et prend sous son aile Jeanne, une jeune fille amnésique aux étranges pouvoirs. Ensemble, aidés de la déesse Isis et de Condé, l'automate, ils vont devoir enquêter sur la disparition du neveu de l'empereur, menacé d'être démembré par son mystérieux ravisseur. Arpentant la ville-lumière, ils iront de surprise en surprise afin de découvrir qui menace l'équilibre délicat entre êtres humains et féériques.

Mon avis : Souvent le lecteur râle que la quatrième de couverture en dévoile bien trop. Cette fois, je peux vous dire que sans cette quatrième, je n'aurais pas forcément bien compris de quoi il était question dans ce roman. Pourtant, le monde d'Hervé Jubert est riche et intéressant. Cela aurait pu être vraiment agréable si l'écriture avait été bien différente. Car c'est là que le bas blesse.

Dès le début, le lecteur est plongé sans explication dans un monde qu'il ne connait pas. Soit. Cela peut rendre la lecture un peu plus ardue mais lorsque dans la suite du récit les explications viennent petit à petit éclairé le tableau global, ça peut donner du rythme. Sauf qu'ici les explications ne viennent pas. Et en plus, on passe de chapitre en chapitre d'une scène à l'autre sans aucune transition. Au chapitre deux on quitte Georges Beauregard en train de se faire tuer ; au chapitre trois son âme assiste à un suicide ; au chapitre 4 il se bat en duel contre un ami. Difficile de suivre les enchaînements et de s'attacher au personnage de l'ingénieur-mage, qui recèle pourtant un énorme potentiel. L'univers riche devient alors un inconvénient et le lecteur se perd.

Les personnages, parlons-en. Il y en a à foison. Beauregard en croise énormément dans ces 300 pages. On nous donne leur nom, alors qu'on ne nous les présente pas, qu'on ne sait pas qui ils sont et ce qu'ils viennent faire là. Entre ceux qu'on peut oublier et ceux qui ont un réel intérêt pour l'histoire, difficile de ne pas être perdue. Aucun n'est creusé sérieusement, alors que certains sont intrigants et que le lecteur aimerait en savoir davantage.

J'aurais pu tempérer un peu ce tableau avec l'intrigue si celle-ci n'avait pas été totalement passée au second plan. Beauregard papillonne trop d'un sujet à l'autre, empêchant le lecteur de se concentrer sur la disparition du neveu de l'empereur. Ajoutez des notes de bas de pages certes parfois amusantes mais qui sont essentiellement des digressions qui ne font que perdre davantage le lecteur...

L'ensemble manque donc terriblement de cohérence et c'est dommage car au fil des pages on croise ici une foule de mythes revisités que j'aurais adoré creuser. L'auteur a visiblement énormément travailler son univers mais a totalement oublié d'en livrer les clés à son lecteur.

Magies secrètes, d'Hervé Jubert
Folio
Mars 2016