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17 mai 2017

Les ignorants, récit d'une initiation croisée [Etienne Davodeau]

Je retrouve Étienne Davodeau après mon avis mitigé sur Le chien qui louche et Chute de vélo.

L'histoire : Par un beau temps d'hiver, deux individus, bonnets sur la tête, sécateur en main, taillent une vigne. L'un a le geste et la parole assurés. L'autre, plus emprunté, regarde le premier, cherche à comprendre « ce qui relie ce type à sa vigne », et s'étonne de « la singulière fusion entre un individu et un morceau de rocher battu par les vents ».
Le premier est vigneron, le second auteur de bandes dessinées.
Pendant un an, Étienne Davodeau a goûté aux joies de la taille, du décavaillonnage, de la tonnellerie ou encore s'est interrogé sur la biodynamie.
Richard Leroy, de son côté, a lu des bandes dessinées choisies par Étienne, a rencontré des auteurs, s'est rendu dans des festivals, est allé chez un imprimeur, s'est penché sur la planche à dessin d'Étienne...
Étienne et Richard échangent leurs savoirs et savoir-faire, mettent en évidence les points que ces pratiques (artistiques et vigneronnes) peuvent avoir en commun ; et ils sont plus nombreux qu'on ne pourrait l'envisager de prime abord...

Mon avis : C'est sur les conseils appuyés d'un ami que je me suis décidée à découvrir cet album d'Étienne Davodeau. Je ne suis pourtant ni fan du dessin de l'auteur, ni très convaincue par les deux précédents albums de lui que j'avais pu découvrir. À cela s'ajoutait la crainte d'être vite larguée car je n'y connais rien en vin, et ça ne m'intéresse pas plus que ça.

Et pour le coup, je dois dire que j'ai été happée par ce récit qui croise les regards sur le monde du vin et celui de la bande dessinée. En étant initié par Richard Leroy au travail de la vigne et en l'initiant à celui du neuvième art. En plus des explications spécifiques à chaque profession, nous allons découvrir les grands noms de chaque discipline. Et ce qui les lit apparait vite en filigrane : l'amour, l'amour de la matière travaillée, l'amour du résultat obtenu, l'amour avant tout pour se faire plaisir comme meilleur moyen de faire plaisir à l'autre, au consommateur qu'il soit de bouteille ou d'album.


Planche page 21, Les ignorants d'Etienne Davodeau
Un vrai respect lie les deux hommes, c'est évident. Ils sont tous les deux dans la même philosophie et le travail d'Étienne Davodeau sait magnifiquement rendre tout cela, tout au long des 220 pages de cet album. Le lecteur navigue, comme les protagonistes, entre découverte, émerveillement et envie de partage. Se laisser guider, sans se poser de question, sans réfléchir, en confiance, c'est aussi la meilleure façon de faire de magnifiques découvertes qui peuvent vous chambouler. Et de libérer la parole pour, en toute modestie et légitimité, oser dire qu'on n'a pas aimé, comme Richard lors de la fameuse exposition de Moebius.

Un magnifique album à découvrir absolument, même si vous n'y connaissez rien. Au contraire même, c'est peut être une raison supplémentaire !

Les ignorants, récit d'une initiation croisée, d'Étienne Davodeau
Futuropolis
Octobre 2011

4 commentaires :

keisha a dit…

Oh oui, un de ses meilleurs albums!

Violette a dit…

j'ai beaucoup aimé aussi même si le noir et blanc m'avait dérangée...

Alex Mot-à-Mots a dit…

Une BD que j'avais beaucoup aimé également.

nathalie a dit…

J'ai particulièrement aimé le fait que ce soit un livre qui donne envie (en l'occurrence envie de lire de la BD et de boire du bon vin), je trouve que c'est très généreux.