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07 mars 2018

Lulu femme nue [Etienne Davodeau]

Après le fabuleux Les ignorants d'Étienne Davodeau, il était évident que je n'en resterais pas là avec cet auteur. J'ai donc emprunté peut être son album le plus connu : Lulu femme nue.

L'histoire : Lulu, mère de famille de quarante ans, sans histoire, a disparu depuis plus de deux semaines, abandonnant mari et enfants à ses amis désemparés.

L’un d’eux, Xavier, a retrouvé sa trace. En une nuit, il entreprend de raconter aux autres ce qu’a vécu Lulu pendant cet étrange voyage : Lulu a quitté sa vie normale en sortant d’un énième entretien d’embauche. Elle n’avait rien prémédité. Ça s’est passé très simplement. Elle est partie avec une femme dont elle ne connaissait rien, et s’est octroyé quelques jours de liberté, seule, sur la côte, sans autre projet que de savourer pleinement, et sans culpabilité, cette vacance inédite. Presque surprise par sa propre audace, Lulu rencontre de drôles de gens, qui sont, d’une façon ou d’une autre, eux aussi au bord du monde.

Grisante, joyeuse, dangereuse et cruelle, l’expérience improvisée de Lulu en fera une autre femme.

Mon avis : Côté fiction, je n'avais pas été convaincue par Chute de vélo d'Étienne Davodeau. C'est donc un nouvel essai, et plutôt concluant. Il traite ici avec justesse et pudeur le mal être d'une femme en quête de sens. Sans mettre vraiment les mots sur les situations du quotidien, en jouant des regards et des expressions, sur les silences aussi, il saisit cette routine qui peut devenir étouffante au point de s'y perdre complètement.

Lulu est une femme simple, que rien ne semble prédisposer au pétage de plomb. On la sent cependant accablée par une vie sur laquelle elle n'a aucun contrôle. Elle semble tout vivre à distance. À l'occasion d'un entretien d'embauche qui se passe mal, comme à chaque fois, elle va prendre le temps de vivre, de respirer, de vouloir, d'hésiter. Elle est si fatiguée ! Le chemin est long et le risque grand : celui de perdre toute sa famille, mari et enfants, qui l'aiment, peut-être mal, mais qui l'aiment tout de même. Elle inquiète ses proches aussi, tous rassemblés pour raconter cette histoire fantastique qu'elle a construit, elle d'habitude si effacée. Étienne Davodeau tissent ses personnages humains dans tous leurs détails. On se croirait attablés avec eux ou dans les pas de Lulu.

Bizarrement, de cet album qui aurait tout pour être déprimant, il ressort une formidable joie de vivre, un espoir et une envie de profiter de chaque instant, d'oser saisir les petits rien qui font le bonheur, de ne pas se laisser enfermer dans ce qui ne nous ressemble pas.

Lulu femme nue, d'Étienne Davodeau
Éditions Futuropolis
Novembre 2008 et Avril 2010

6 commentaires :

keisha a dit…

Il faudrait que je relise les deux d'affilée!

Brize a dit…

J’ai toujours évité ces albums parce que je les imaginais plombants, mais il semble que je me trompais !

La chèvre grise a dit…

@ Keisha : c'est le problème des albums multiples qui ne forment qu'une seule histoire, y a un moment à moins de relire tout, tu ne sais plus trop où tu en es et ce que tu ressens.

@ Brize : j'avais la même idée que toi justement et effectivement je me trompais aussi.

Faurelix a dit…

Ah Davodeau, j'adore ! Bonne continuation dans la découverte de cet auteur, il y a encore quelques pépites à lire !

La chèvre grise a dit…

@ Faurelix : j'ai quand même du lire les principaux. Un autre en particulier à me conseiller ?

Folavril a dit…

J'avais très envie de voir le film, je ne savais pas que c'était une BD à l'origine!