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14 mai 2018

3 bis, rue Riquet [Frédérique Le Romancer]

L'auteur : Frédérique Le Romancer est une auteur française qui publie ici son premier roman, après avoir écrit des piges pour des journaux, animé des ateliers d'écriture

L'histoire : 3 bis, rue Riquet, Toulouse, un immeuble banal. Enfin pas tout à fait : Cécile, au rez-de-chaussée, traductrice agoraphobe, ne quitte jamais son appartement. Elle surveille les allées et venues de ses voisins par le judas de s a porte et s'invente des vies rocambolesques.
Au premier, Lucie aime sortir et boire dans les bars en espérant le grand amour, via Internet.
En face, Madeleine, la comtesse Mado des trottoirs, a connu ses heures de gloire dans le quartier. L'âge venu, il ne lui reste plus guère de clients et les fins de mois sont difficiles.
Seul homme de l'immeuble, Marc est un quadragénaire arriviste qui a spéculé en achetant le dernier étage. La présence d'une prostituée qui travaille à domicile dérange ses plans, il aimerait bien s'en débarrasser.
Mais la comtesse Mado a du répondant, et la crudité de son langage cloue le bec du jeune cadre sans scrupule. Pourtant, la vieillesse est cruelle, et le métier exige d'avoir les idées claires. Alors Mado bat le rappel de ses amies tapineuses et de ses voisines. C'est le combat de la dernière chance, elle le gagnera !

Mon avis : C’est un immeuble des solitudes que ce 3 bis rue Riquet. Marc, cadre propre sur lui, ne vit qu’en respectant scrupuleusement les règles ; Cécile, agoraphobe, existe par procuration en surfant sur les sites de rencontre ; Lucie, femme de ménage, déprime à chercher l’amour ; et Madeleine, la veille prostituée atteinte d’Alzheimer qui doit continuer à faire des passes pour payer les factures. C’est elle qui va, grâce à son franc parler, amener tout ce petit monde à faire un peu plus que juste se croiser.

Chacun vit seul, chacun enfermé dans ses problèmes très personnels. Étonnamment Mado est la moins seule des quatre habitants de l’immeuble : on pourrait croire que son travail l’isolerait, c’est tout le contraire. Ce métier oblige à faire corps entre travailleuses du sexe et c’est comme une deuxième famille. Les autres sont tous horriblement en manque d’une relation franche et ouverte. Un incident de parcours va les obliger à se voir et à se parler. Et avec eux, on se rappellera de l’importance de profiter de chaque instant de vie avec nos proches.

L’écriture et le ton ne sortent pas des sentiers battus mais malgré ce manque d’originalité, c’est suffisamment bien construit pour que le lecteur tienne à savoir ce qui va se passer. L’originalité se trouve peut-être davantage sur le sujet abordé : le métier difficile de prostituée, et encore plus lorsque l’âge se fait sentir. Car l'absence de statut ne donne droit à rien d'autre que payer des impôts. Attention on est loin du glauque ou du graveleux pour autant, car le personnage de Mado, s’il est plein de verve, n’est pas pour autant vulgaire. Elle ne se complait pas à raconter l’exercice de sa fonction, mais est une grande dame qui ne renie rien et assume tout. J'ai beaucoup aimé ce personnage plein de vie.

3 bis, rue Riquet, de Frédérique Le Romancer
Éditions Denoël
Avril 2018

2 commentaires :

Frédérique Le Romancer a dit…

Merci pour la chronique
Et merci pour les autres chroniques, j'ai (encore) ajouté des livres sur ma "PAL"... bien fait ;)

Alex Mot-à-Mots a dit…

C'est vrai que ce sujet est rarement abordé.