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11 décembre 2017

Étranges rivages [Arnaldur Indridason]

Deux ans après ma dernière lecture des aventures du commissaire Erlendur avec La muraille de lave, mon voyage d'été en Islande aura été l'occasion rêvée pour sortir le tome suivant de mes étagères !

L'histoire : De retour sur les terres de son enfance, le commissaire Erlendur est hanté par le passé : la disparition de son frère, et d'autres affaires restées sans réponse. Il se plonge dans l'histoire de cette jeune mariée perdue sur un chemin de montagne soixante ans plus tôt. Pourquoi n'a-t-elle pas croisé le groupe de soldats anglais égaré ? Sous la glace des fjords d'Islande, le passé ne meurt jamais.

Mon avis : Voici venir le neuvième tome des enquêtes d'Erlendur et de son équipe et ce tome-ci, je l'ai lu juste après mon voyage en Islande. Comme une envie de ne pas reconnecter tout de suite avec la réalité du quotidien parisien, de prolonger les vacances. D'autant que l'histoire se déroule dans un coin où je suis passée, les fjords de l'Est, région où notre commissaire a passé son enfance jusqu'à la disparition de son petit frère qui le hante encore longtemps après.

Depuis les deux romans précédents, centrés sur les équipiers d'Erlendur, on se demandait justement ce qu'il pouvait bien faire en vacances ! La réponse c'est Étranges rivages qui nous l'apporte. Il se livre à un pèlerinage sur les lieux du drame qui a marqué son enfance. On le sait déjà rongé par un fort sentiment de culpabilité et il cherche désespérément à comprendre. Au cour de son séjour, une autre disparition étrange, à peu près à la même période, lui arrive aux oreilles : Matthildur a disparu lors d'une terrible soirée de blizzard, en 1942. En interrogeant les rares survivants, le commissaire va tenter de faire la lumière sur ces événements lointains.

Lui mieux que personne sait que la terre ne rend pas toujours les corps, surtout dans cette région sauvage. De plus, les légendes sont foison et il est parfois bien difficile de distinguer le vrai du faux. Mais avec obstination, il va creuser, dans tous les sens du terme.  Le roman prend son temps (ce n’est pas comme si le coupable risquait de s’enfuir après 60 ans) et le lecteur pourra deviner une partie de l’explication, mais les personnages restent agréables à suivre et l’émotion est au rendez-vous, avec pudeur et sans étalage.

Au-delà de cette enquête, c'est surtout la quête intérieure qui rend ce livre si remarquable. On sait que la disparition de son frère est l'élément clé de la personnalité de notre commissaire. Il enquête méthodiquement et inlassablement sur des disparitions souvent vieilles de plusieurs années. Erlendur est un taiseux, un obstiné parfois cynique, et pourtant il sait être attachant aux yeux du lecteur, tout en gardant un côté peu sympathique. En revenant sur l'événement fondateur, l'auteur livre cette fois un roman différent des autres volumes : il excelle dans la façon de raconter les paradoxes. La nature dont Erlendur connait mieux que quiconque la sauvagerie mais dont il regrette la disparition face à l’industrialisation à tout va. La dépouille jamais retrouvée de son frère et son obsession sur des enquêtes de disparitions inexpliquées dont il vient à bout. Et cela toujours raconté en si peu de mots, en laissant la place aux silences et aux regards.

À la fin, Erlendur semble avoir trouvé la paix et une forme de sérénité. La suite nous en donnera peut être confirmation.
 
Étranges rivages, d'Arnaldur Indridason
Traduit par Éric Boury
Éditions Points
Mai 2014

3 commentaires :

Alex Mot-à-Mots a dit…

Voilà que tout se finit bien pour notre cher enquêteur.

dasola a dit…

Bonsoir La chèvre grise, il paraît qu'il faut comprendre qu'Erlendur meurt dans ces fjords. Moi, je ne l'avais pas compris mais au vu des romans suivants d'Indridason, il faut peut-être s'y résoudre. Maintenant, il retourne dans le passé avec Erlendur jeune et puis sa trilogie, on est en pleine guerre mondiale. Bonne soirée.

La chèvre grise a dit…

@ Alex Mot-à-mots : bien est un bien grand mot avec lui :)

@ Dasola : oui j'avais lu cette interprétation, mais ce n'est pas le ressenti que j'ai eu, comme toi. Mais l'auteur est un habitué des ambiguités, comme dans son roman "Betty" ou pour le genre de son mentor l'inspecteur Marion Briem. Après, l'auteur peut aussi avoir envie d'arrêter ce fil directeur de son personnage, qu'il tient depuis pas mal d'années maintenant. Bref, il semble clôturé un cycle tout en se laissant des possibilités d'y revenir s'il le veut.